‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 223 sur 270 · Dans le département de la Dordogne · texte numérisé non relu

Dans le département de la Dordogne

2. Probablement Pierre d'Esparbez de Lussan, grand prieur de Saint-Gilles.

DISCOURS

pendant M. d'Espemon ne chauma point et luy faict la guerre à telle outrance qu’il le contraint à quitter le party de la Ligue, et pour sa seureté et de son chasteau, de prendre celluy du roy et de l’aller trouver en France, et luy demander pardon. Estant là, il se remet encor sur la plume et ses cartels, et en faict un, non de sa teste à ce qu’on dict, mais forgé où je dirois bien, et luy faict tenir par un tambour, qui luy présenta à Xainctes, sans en sçavoir rien, dont pour ce il méritoit d’estre pendu, pour abuser de sa charge à l’endroit de son colonnel ; mais M. d’Espernon luy usa de miséricorde, d’autres disent qu’il le fit fouetter à sa cuisine jusqu’à mourir, dont il fut très-loué, et luy fit responce qu’il n’avoit poit respondu aux desmentys qu’il luy avoit donnez, et que lorsqu’il auroit y satisfaict, alors il parleroit à luy, et qu’après qu’il auroit faict le service du roy, en Guyenne, qu’il iroit en France où l’apelloit, et à l’armée du roy pour le combattre. A quoy M. d’Espernon ne faillit, car ayant mis ordre à quelques affaires particulières qu’il avoit en Gascogne, et y avoir amassé quelques forces pour mener au roy, et mis ordre à son gouvernement, il alla trouver le roy en France, avec deux mille hommes de pied et deux cens bons chevaux, qui fut un secours bon et à propos; dont aucuns disent que ledict sieur d’Aubeterre, le sentant venir (ce que l’on ne présume), partit d’avec le roy et s’en vint en sa maison.

J’ay entendu dire que beaucoup de grands capitaines, et entre autres M. le mareschal de Biron qui sçait bien peser les choses, ne trouvèrent jamais bons ces deffis dudict Aubeterre, et qu’il n’estoit

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SUR LES DUELS

raison que luy simple gentilhomme, sénesehal d’une petite province, voire des moindres de la France, qu’est Périgort, et qui n’avoit faict de grands preuves de sa personne encor au prix de l’autre, allast ainsi deffier un due et pair de France, et colonel de l’infanterie, et qui avoit gouverné paisiblement son rov, et manié l’espace de dix ans tous les affaires de l’Estat. Néanmoins il n’a jamais tenu audict M. d’Es pernon (ce disoit-on) qu’il n’ayt combattu; et s’il eust trouvé ledict Aubeterre au camp, infailliblement se fussent battus, encor qu’il en fust fort dissuadé de plusieurs raisons et de plusieurs amys et serviteurs. Le roy l’en sollicitant d’accord, il dist qu’il ne s’accorderoit que premier il n’en fust esté disputé et dict par les officiers de la Couronne, disant que cela leur touchoit à tous. Enfin pourtant un gentilhomme, que l’on eognoit sans le nommer*, les accorda sans autre cérimonie et les fit embrasser au bout d’un an, après s’estre bien envoyez des desmentys, des cartels et des injures, au grand estonnement de tout le monde (mais il * vouloit passer en Provence , et ne vouloit laisser un tel enuemy derrière soy), d’autant que le diet sieur d’Espernon avoit juré cent fois de ne s’accorder jamais, et qu’il tueroit Aubeterre et fairoit porter l’attiffaict * à sa femme, qui estoit ma niepce, l’une des belles et honnestes femmes du monde. Mais pourtant l’accort fut tel et si advantageux pour M. d’Espernon, que ledict Aubeterre le vint trouver à Àngoullesme, là où ils se réconcilliè-

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