‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 224 sur 270 · Attifaict , attifet, coiffure de veuve · texte numérisé non relu

Attifaict , attifet, coiffure de veuve

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DISCOURS

rent encores mieux. Ainsi faut-il qu’on recherche les grands, mais bien à propos.

Il en arriva de mesmes à M. de la Chastre, grand capitaine certes. Il vint à cstre querellé syr certain léger subject, et de gayetté de cœur, par M. de Drôu ', brave gentilhomme, capitaine des gardes des Suysses deM. d’Alançon, et l’envoya a ppeller un jour estant à la cour de Monsieur. M. de la Chastre qui avoit faict de longtemps toute profession d’honneur et de vaillance ne reflusa point d’y aller. Mais par le commandement de Monsieur, il fut arresté; ayant esté remonstré à Monsieur par plusieurs lionnestes gens et bons capitaines qu’il avoit avec luy, qu’il n’esloit pas raison qu’un jeune gentilhomme, encor qu’il fust de bon lieu et d’honneur, si aisément s’alla s t esprouver et battre contre un tel et grand capitaine, vieux et expérimenté, et qui avoit tant faict de preuves et donné tant de tesmoignages de sa valleur, et qui pouvoit sauver tout un public en une heure.

Il arriva de mesmes à M. de Sainct-Luc, brave et vaillant seigneur certes, ayant esté dédié et apellé par M. de Gauville, dont j’ay parlé cy-devant, estans tous deux à Anvers au service de Monsieur, ainsi qu’il alloit résolu au combat et qu’il vouloit sortir hors de la ville, fut arresté parlaVergne, capitaine de la garde françoise de Monsieur. Quand ces nouvelles en vinrent à la cour, je vis aucuns discourir

1 . Il figure sur l’état de la maison du duc d’Anjou , comme chambellan, avec six cents livres de gages (voyez les Mémoires de jNevers, 1. 1, p. 777).

SUR LES DUELS

qu’en cet apel l’on y devoit avoir heu quelque esgard et considération, d’autant que M. de Sainct-Luc estoit qualliïïié, avoit esté maistre de camp des bandes de Piedmont, des affaires et cabinet du roy, capitaine de gensdarmes, chevallier de l’ordre, lieutenant de roy, en Brouage et isles de Xainctonge, et autres charges. Autres disoient que M. de Goville estoit gentilhomme et fort noble par les belles armes qu’il avoit en main mieux que gentilhomme de France, et que ce fust esté une belle gloire à M. de Sainct- Luc de se battre contre luy, comm’il monstra bien qu’il n’en fit point de refl’us, et une encor plus belle s’il en fust reschappé, ainsi que son brave et généreux courage l’y poussoit.

J’alléguerois icy voluntiers un exemple sur un différent qui arriva un de ces ans entre M. de Sainct- Gouard, tournant nouvellement ambassadeur d’Espaigne, et un gentilhomme de Xainctonge, duquel j'ay oublié le nom; je n’en sais pas bien le conte au vray, car pour lors je n’estois pas en France, et aussi que les uns me l’ont dict d’une façon, et les autres de l’autre. Voylà pourquoi je m’en tays. Tant y a qu’après quelques petites gallanteries et bravades passées entre l’un et l’autre , le roi fut informé du tout et trouva fort mauvais les formes de procéder du gentilhomme à l’endroit de M. de Sainct-Gouard, d’autant qu’il estoit gentilhomme fort qualliffié, chevallier de son ordre, et son ambassadeur d’Espaigne : et pour ce le roy luy envoyé un de ses hérauts d’armes pour lui remonstrer sa faute, et luy signifier qu’il ait à comparestre devant Sa Majesté, et officiers de sa couronne, et de ne passer plus outre. Le gentilhom-

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me s’excuse, et dict cognoistre le dict M. de Sainct- Gouard pour estre voysins et estre gentilhomme comme luy ; ne sçavoir qu’il fust chevallier de l’ordre, mais qu’ayant premier commencé à offancer, il ne pouvoit moins faire que d’en avoir raison sans aucun respect et que luy, estant ainsi marqué de telles qualitez, devoit premier monstrer le chemin de la discrection. Quant à le recognoistre pour ambassadeur, il ne le cognoissoit nullement, ayant quitté l’Espaigne, et par ce moyen sa charge expirée, et qu’en Espaigne tenant lieu et la place de Sa Majesté, il l’eust recognu comme tel, et comm’il eust deu, mais non pas en Xainctonge. Force autres choses et raisons allégua-il pour responce audict héraut, lequel avec quelqu’un de ses amis la fist aussi entendre au roy, sans vouloir aller vers luy, craignant son indignation.

Je ne mettray icy par escrit ce qui fut disputé et arresté là-dessus au Conseil du roy, car je ne le sçay pas bien, ny ce qui s’y passa depuis, et aussi qu’il y a encor aujourd’huy force gens du Conseil et capitaines vivans qui le sçauroient mieux dire que moy. Je ne diray seulement que sur cela j’ouys dire à un très-grand seigneur que le roy pensant faire beaucoup pour M. de Sainct-Gouard, et peu pour le gentilhomme, à le vouloir ravaller, fit beaucoup pour ledict gentilhomme de luy avoir envoyé un de ses hérauts comme si ce fust esté à un prince estranger son pareil, ou autre grand seigneur de son royaume, au lieu de luy envoyer ou quelque trompette, ou un archer de ses gardes, ou un huyssier de son conseil, ou de la cour, voir un simple sergent de masse ; en quoy

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le roy l’honnora de beaucoup. Je m’en raporte à la vérité du tout et au dire des grands capitaines làdessus.

Nous avons veu ces jours passez’ une grande querelle entre M. le mareschal d’Orlano et M. de Montespent’, tous deux braves et vaillans seigneurs, mais différens de qualitez et de charges, l’un mareschal de France et l’autre lieutenant de roy en Guienne. Ils furent prests à venyr aux mains sans beaucoup d’obstacles, et mesmes les deffences du roy. On en parle fort diversement : mais c’est un grand cas de se battre contre son lieutenant général, en quoy on doit bien admirer nos roys et autres grands princes souverains qui ont empesché ces abus dont il en arrivoit beaucoup de maux.

Or sur ces comparaisons de noblesses, de grades, de quallitez, d’honneurs, de valleurs et autres subjects semblables, j’ay veu sourdre parmy seigneurs, gentilshommes, capitaines et autres, force querelles et grandes disputes, dont j’en alléguerois plusieurs exemples si je voulois; mais pour fuyr une prollixité possible trop fascheuse, je me contenteray d’alléguer cettuy-cy seulement :

Lors que l’entreveue de la reyne d’Espaigne se fit à Bayonne, nostre roy et la reyne sa mère s’advisèrent, pour plus honorer la feste, d’envoyer Monsieur frère du roy (despuis nostre roy) jusques en Biscaye, au

1. Le maréchal d’Ornano fut nommé gouverneur de Guyenne en i 597.

2. Antoine-Arnaud de Pardaillan de Gondrin, seigneur, puis (1612) marquis de Montespan, lieutenant général au gouvernement de Guyenne, mort en 1624.

DISCOURS

devant de ladicte reyne, avec cent ou six vingt chevaux de poste, l’accompaignant plusieurs princes, seigneurs, chevalliers de l’ordre, capitaines de gensd’armes , gentilshommes de la chambre, tant du roy que de Monsieur, et gentilshommes servans, vestus de leurs habillemens de poste, fort riches et pompeux qui estoient de velours cramoisy ou incarnadin d’Espaigne, avec force passemens d’argent; mais les uns estoient plus couverts et enrichis que les autres; c’est à sçavoir, ceux des princes, ducs, marquis, comtes, chevalliers de l’ordre et capitaines de gensd’armes estoient ainsi quasi tous pareils. Ceux des gentilshommes de la chambre du roy et de Monsieur estoient moindres; et ceux des gentilshommes servans encore moindres. Il y eut parmy cette belle troupe le seigneur de Lignerolles' l’un des gallans de la cour, et fort accomply tant pour les armes que pour la parole, car il estoit tout plein de sçavoir, et qui avoit le cœur grand et glorieux. Il n’esloit encore que gentilhomme de la chambre du roy et de Monsieur, qui n’estoit pas petit honneur et tiltre de ce temps-là, et qui ne se sentoit moindre qu’aucuns chevalliers de l’ordre , et capitaines de gensd’armes, comme vous entendrez. Quand ce vint au despartemenl desdicts habillemens, et que l’on ne luy en donna que de ceux des gentilshommes de la chambre, il le relfusa tout à plat, et le renvoya bien loing sans en vouloir nullement prendre, disant qu’il en méritoit aussi bien un des beaux et riches, qu’aucuns qui en a voient eu; entre

1. Celui qui fut assassiné en 1571, à Bourgueil, par Georges de Villequier, vicomte de la Guierchc. Voyez tome IV, p. 71.

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autres nomma le seigneur de Montsalès* et d’Autefort, lesquels estoient de ladicte compaignie des qualifiez et habillez de la grande sorte, et qu’il se sentoit autant qu’eux; et pour ce il ne suivit point Monsieur son maistre. Au retour Montsalès sceut cecy, qui estoit haut à la main et bravasche, et ayant un matin rencontré dans la place de Bayonne, Lignerolles, ainsi qu’il alloit au lever de son maistre, l’acoste, et d’abord luy demande : « Lignerolles, avez-vous dict telle paie rôle? » (qu’est ce que j’ai dict cy-devant). — « Ouy, « respondit Lignerolles, ce que j’ay dict, jamais je ne <t le désadvoue. — « Ah! mortdieu, dit Montsalès, ne « faictes jamais comparaison de moy. » Lignerolles réplicque : « quand j’en fairay, je penseray vous faire « autant d’honneur comme possible à moy de tort.» « — Ah ! mortdieu, réplicque Montsalès, vous avez « suivy Bueil; (ce Bueil estoit ce brave bastard de « Sancerre dont j’ay parlé cy-devant*). — « C’en est « l’une de mes gloires, respondit Lignerolles; car « j’ay suivy un brave et très-vaillant capitaine en de « belles aventures de guerre où j’ay bien servy mon « roy, et appris beaucoup de luy. J’en ay, avant luy, « suivy d’autres en Piedmont, de moindre qualité « que luy, mais pourtant braves et bons capitaines, a portant l’arquebuse et la picque soubs leur charge, « dont je m’en sens très-honoré : je ne sçav qui « vous avez suivy en vos jeunes guerres. — « Ah ! « mortdieu, dict encore Montsalès, j’ay des qualitez « que vous n’avez pas (car il avoit l’ordre et la com-

t . Jacques de Balaguier, seigneur de Montsalez.

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