‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 228 sur 270 · Henri III · texte numérisé non relu

Henri III

DISCOURS

on bien prendre garde quand l’on tue un homme mal à propos, en supercherie et advantage, car guières n’a-on veu de tels meurtres et de telle sorte, qu’ils n’ayent estez vengez de bille pareille, par la permission de Dieu, lequel nous a donné une espée au costé pour en user et non pour en abuser. Il est doncques meilleur et plus juste de desmesler ses querelles par beaux appels et honorables combats, que par ces assassinats : et qui sera l’homme tant religieux et cérimonieux soit-il, qui voudra peser l’un et l’autre, ne trouve qu’un meffaict n’est si grand que l’autre? Je débattis un jour cette dispute à un grand personnage théologien, qui certainement m’advoua que Dieu estoit grandement olïencé en tous les deux mesfaicts; mais un assassinat, un guet-à-pand est irrémissible, mesmes envers1 nos grands juges et sénateurs de nos cours, comme nous en voyons tous les jours de très rigoureuses punitions. Je me suis un peu trop perdu en cette disgression, pour avoir esté un peu longue, mais pourtant n’aura estée mauvaise, et possible aura pieu à aucuns.

Et pour reprendre nostre chance première du discours sur les combats des grands, je fairay ce conte que j’ay leu en partie dans le roman de Bayard, et l’autre dans un livre espaignol*; qu’est que le matin du jour de la bataille de Ravanne, ainsi que toute l’armée passoit au delà du canal, M. de Bayard dict à M. de Nemours son général : « Monsieur, allez- « vous un peu esbattre le long de ce canal qui est

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