François de Lorraine
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grands capitaines et chevalliers de son royaume par son mandement, pour adviser aux affaires de son royaume, qui commcnçoit à se troubler. Parmy eux se trouva M. de Montluc, lequel un jour entretenant à sa façon bravasche et libre M. de Guyse, vint à tumber sur le roy de Navarre, et luy dire comm’ il l’avoit veu à Nérac; et l’ayant trouvé fort mal content de luy de quoy il tenoit le rang près sa Majesté qu’il devoit tenir, il lui avoit dict qu’il luy devoit faire entendre son mescontentement, et le faire plustost appellcr sur ce différent et le vuyder de sa personne à la sienne, et qu’il n’y avoit meilleur expédient que celluy-là, et qu’il s’asseuroit tant de la valleur de M. de Guyse, qu’il ne reffuseroit ce party. A quoy M. de Guyse tout froidement respondit : « Montluc, « les parolles que vous me dictes, me les dictes-vous « de la part du roy de Navarre, qu’il vous en ayt « donné charge, ou de vous mesmes qu’ayez entrepris de les dire? » M. de Montluc luy respondiet : « Monsieur, je ne les dicts que de moy-mesme, « parce que je vois que le royaume s’en va brouillé « fort par vos particulières divisions, et que je « m’asseure tant de vostre valleur que ledict roy, « vous offrant ce beau party vous ne le reffuserez « point, et par ainsi le royaume demeurera en paix « par la mcfrt de l’un ou de l’autre, ou de tous « deux. » ■ — « Vrayement, Montluc, à ce que je « voys (respondit M. de Guyse, tout en cohère froide), « vous estes devenu fort pollitique depuis que ne « vous ay veu; je suis d’advis que le roy vous fasse « son chancellier, et si vous estes un beau feiseur de « combats. Il vous semble que vous estes encore en
DISCOURS
« vostre Piedmont, parmy vos gens de pied, où vous « les faisiez battre comm’ il vous plaisoit, et comme a la quinte vous en prenoit. Le roy de Navarre et « moy nous ne sommes poinct de vostre gybicr, « cberchez-en d’autre ailleurs. Le roy de Navarre et « moy nous nous cognoissons il y a longtemps; je « le liens pour un des braves et vaillans princes du « monde ; il seait bien aussi ce que je sçay faire. Lors- « qu’il me fera entendre de ses nouvelles, je luy « feray aussitost scavoir des miennes. Allez, sou- « cyez-vous de vos affaires, et non des nostres. » Qui fut fort estonné? ce fut M. de Montluc, et à belles excuses, qui au bout de quelque temps furent receues, car M. de Guyse l’aymoit fort, comm’ il luy monstra despuis en plusieurs endroicts que je dicts en sa vie. J’appris ce conte de bon lieu, le lendemain que l’on voyoit M. de Montluc fort estonné, et point braver comme auparadvant; car M. de Guyse, outre qu’il gouvernoit tout lors et estoit en trèsgrande faveur, il avoit de quoy par sa valeur pour estonner un homme. Voylà comme il ne se faut pas mesler légèrement des querelles et discordes des grands. Nous tinsmes aussi à la cour, qu’après la prison de mondict sieur le prince de Condé à Orléans, et sur son innocence il voulut quereller mondict sieur de Guyse et l’appeller, mais cela fut accordé par la sagesse de la reyne mère1, qui fit là un grand coup, car il y eust eu là de grandes brouilleries ; j’en parle ailleurs.
t. Voyez dans le ms. 272 de la collection de Mesmes, f" 304, le texte de la réconciliation entre les deux princes (24 août 1301).
SUR LES DUELS
Nous lisons dans Y Histoire de Naples' et ailleurs comment ce brave Charles Ier, roy de Naples et de Sicille, et Alphonse, roy d’Aragon, eurent entr’eux gi ande querelle pour le royaume de Sicille, et pour ce s’assignèrent le combat par le consentement des deux parties et ordonnance du pape devant Bourdeaux, estant pour lors au roy d’Angleterre, duquel il voulut estre juge, et leur permit. Charles, courageux François, ne faillit dans le temps assigné, ayant traversé toute l’Italie et la France, avec toutes les condictions et trouppes de gens ordonnez par le juge, de se trouver de bon matin au jour qu’il falloit, et là attendre son ennemv le matin jusqu’au soir; et voyant qu’il ne venoit point et se faisoit tard, ny sachant nouvelles autres de son ennemy, ayant envoyé de toutes parts, il s’cn alla et reprint son chemin par où il estoit venu. Mais Alphonce , qui estoit un fin et caut Espaignol , avoit faict dresser des postes et mettre des chevaux de relais et frais, si secrettement que nul n’en sceut rien, ny s’en appereeut, prit la poste, fit si grand’ diligence et si à propos qu’il arrive précisément un’heure devant solleil couché (estant lors aux plus grands d’esté) et entre dans le camp, et n’y trouvant point son ennemy, y brave et piaffe dedans à la mode espaignolle, prend acte de sa diligence et son devoir, laisse coucher le soleil, et puis s’en retourne comme il estoit venu ; ce qui ne fut trouvé guières beau pourtant d’aucuns, et d’autres disent qu’il avoit observé les loix du duel et avoit comparu à propos, et sans avoir laissé couller et perdre le temps, ny cou-
1. Voyez Collemiccio, édition de 1363, in-12, liv. V, f° 127.
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DISCOURS
cher le soleil, ny venir la nnict; à quoy les duellistes le temps passé prenoient fort esgard et y poinctilloient fort. Il fust esté bien trompé si Charles n’eust bougé de la place comme il devoit.
Il se lit aussi dans Y Histoire (le Naples *, que Robert, petit-fils de ce roy Charles I", estant assiégé dans Gênes par Frédéric-Marye , visconte de Milan*, ce Marye appella Robert au combat de seul à seul; mais Robert encores qu’il fust très -vaillant le refiusa, parce que leurs dignitez n’estoient pareilles ; car Robert estoit roy de Naples ; dont sur ce il y a de belles disputtes , que possible ailleurs nous déduirons, ne servant rien à nostre propos pour ce coup, sinon pour monslrer le combat de grand à grand.
Ce mesme roy Robert fut aussi un’autrefois appellé et deffié par Frédéric, roy de Sicile *, lequel l’eusl aussitost pris au mot, puisqu’il estoit son pareil et roy comme luy, sans que le pape Jehan ', indigné de ce defly excommunia ledict Frédéric , et pour ce ledict Robert en eut les mains liées ; car à ce que disent les docteurs ecclésiastiques, il y va de l’âme de se battre, voire de parler et conférer avec un excommunié; en quoy certes ledict pape trouva cet expédient meilleur pour ne venir là dans le camp, que ne fut celuy du combat permis entre le roy Charles I*r, roy de Naples, et le roy d’Aragon, devant Bourdeaux, comme j’ay dict. Faut noter en cestuy-cy, que si le pape Jehan lit contre l’âme dudict Frédéric, pour l’avoir excommunié, il fit bien autant pour sa vie, car ledict roy Ro-
\ . Voyez Collenuccio, liv. V, f° 138. — 2. En 1318.