Voyez les Mémoires de Martin du Bellay, année
DISCOUKS
voyant une grande difficulté du lieu, dist qu’il n’y avoit rien de meilleur que se battre en un’isle, ou dans un bateau de grande rivière, ou sur un pont, avec un’espée et dague, ou la eappe. Par ces mots il monstroit tout à coup avoir eslection de lieu et d'armes. Enfin c’estoit un maistre homme. Le roy voulant garder son advantage en l’eslection d’armes, qui les devoit fournir comme provocqué et deffendeur, vouloit combattre à cheval, armé (en grand roy et prince) de toutes pièces, avec une bonne lance et bonne espée, bien qu’il ne fust jamais bien arresté du lieu du camp. Voilà pourquoy il ne voulut jamais recevoir ny ouyr l'héraut de l’empereur, qu’il ne luy eust apporté le lieu et la seureté du camp pour se battre, ce qu’il ne fil. Ne fut aussi non plus accordé des armes que l’empereur avoit dict avec l’espée et en dague, disant le roy que c’esloit armes trop communes et peu usitées parmy les grands roys, qui vont à leurs combats, rencontres et batailles, tousjours sur un bon cheval, et bien armez, non point en petits piétons soldats et espadassins tous désarmez, desquels l’acte estoit combattre en telles armes et façons. En cela, il parloit selon l’usance des anciens duellistes, comme j’ay dit cy-devant, qui vouloient que le corps fust couvert; autrement c’estoit se battre en bestes bruttes. L’empereur réplicquoit qu’ils ne se pouvoient combattre de plus belles et nobles armes que de l’espée qu’ordinaircment on portoit au costé, pour une marque très-insigne de noblesse et valleur, et comme pour une fidelle et ordinaire compaigne en paix et en guerre, qui, de temps immémorial, avoit esté inventée, portée, usi-
SUR LES DUELS
tée et employée de tant de grands empereurs, rovs, princes, capitaines et vaillans hommes, par laquelle ils avoient faict de si beaux exploiets. Enfin sur ces discordances leur combat ne se fit point. Le plus beau et le meilleur fust esté sans tant controverser, comme dist une fois en Sicile un vieux capitaine espaignol sur ces discours, qu'ils se fussent battus au beau mitant de leurs armées assemblées pour donner battaille générale, et sur ce poinct leur commander faire alte, et ne bouger sur la vie, et tous deux se dcffier à la teste de leurs dictes armées, comme firent Æneas et Turnus, y comparestre armez des mesmes armes desquelles ils dévoient combattre en général, et là décider leur différent ensemble, avec condictions pourtant que qui seroit vainqueur ou vaincu n’en seroit autre chose, et les deux armées se retireroient avec cela sans s'entredemander rien ny venir plus advant, et que jamais (me dist cet Espaignol) n’y fit si beau, . ny se présenta plus belle occasion qu’au voyage de Provence1 ; qu’il n’y avoit pas deux ou trois moisque l’empereur avoit tant bravé à Rome et ne demandoit que se battre comme j’ay dict; mais tant s’en faut qu’ils vinssent là, que le roy ne voulut conduire son armée, et la donna à conduire et à y commander à M. le grand maistre'en Avignon, et luy se tint à Valence cependant. A quoy je réplicquay que le roy tout aussitost qu’il sceut le bandon général que l’empereur avoit fait d’amasser vivres à chascun pour huict jours, cuidant que ce fust pour venir assaillyr son camp, aussitost s’y vint rendre pour donner