Oumeau, orme
SUR LES DUELS
aussitost leurs espées; mais il les esvada, et ne sceurent ce qu’il devint. Aucuns ' crurent que c’estoit un diable ainsi transformé, c’est un abus. Les deux armées voyant ces deux roys ainsi tirer leurs espées nues, pensant qu’ils se deussent battre, commencèrent à s’esbranler et marcher l'une contre l’autre, mais aussitost allèrent au devant pour leur commander de ne bouger et reculer, ce qu’elles firent; et puis eux s’estans retournez en leur lieu, achevèrent leur parlement si bien et beau qu’ils s’arrestèrent une bonne paix, et s’en retournèrent bons amis audict lieu de Bourdedieu, rendre grâces à Dieu et à Nostre Dame, en l’abbaye dudict lieu. Voilà une gentille advanture et très - heureuse rencontre et bonne yssue. Si nostre rov et l’empereur en eussent peu faire de mesme ce fust esté un grand miracle de Dieu, et qui eust apporté plus d’heur que s’ils fussent venus aux mains et se fussent entretuez.
Nous avons, pour laisser les grands princes et roys mais pour venir à de grands capitaines, le defïi que feu M. de Langeay, lieutenant général du royen Piedmont, envoya à M. le marquis del Gouast; lieutenant aussi général de l’empereur en sa duché de Milan, et ce sur la négative que faisoit ledict marquis de la mort et massacre de Ca*sar Fregouse et Rincon sur Tesin, dont l’accusoit fort et ferme M. de Langeay, et luy vouloit prouver par les armes, et vouloit en-
t. Aucuns , c’est-à-dire J. Bouchet. Dans ses Annales et Aquitaine (année 1106, part. lit, p. 155, édit, de 1623), auxquelles Brantôme a emprunté le récit de ce fait que je n’ai pu trouver mentionné ailleurs, il s’exprime ainsi : « Il est à conjecturer que c’estoit un diable qui s'estoit ainsi transformé. »
DISCOURS
trer en camp sur ceste querelle, et d’autant que lediçt marquis y faisoit quelque difficulté, ledict INI. de Langeav le voulut faire appeller devant la chambre impérialle, ainsi qu'ils envoyèrent leurs manifestes, qui se voyent en aucunes de nos histoires françoises, italiennes et espaignolles, et là demander le combat, ou bien en cas de reffus demander luy estre faict raison sur un acte aussi villain, d’autant qu’il touchoit à toute une chrestienté d’avoir ainsi viollé le droict des ambassadeurs ; laquelle façon de procéder le grand roy François approuva très-belle, et en fut fort content, ainsi que j’ay ouy dire à feu M. le cardinal du Bellay son frère, qui en parle mieux que les livres ; mais mondict sieur de Langcay mourut sur ceste opinion etentrefFaicte, dont n’en fut pas marry le marquis, car il estoit fort coulpable, voire autheur, ainsi que le crovoit tout le monde. J’en parle ailleurs1. Ce combat estoit de grand à grand, et de général à général.
Ce brave M. de Montmorency, non encore connestable, mais grand maistre de France, en fit de mesme à l’endroict du connestable de Castille, devant Fontarabie, lors de la dellivrance de messieurs les enfans de France*, lequel faisant du mussart ou plustost voulant se desdire sur la dicte dellivrance, et faisant aussi du renard, pour amuser tousjours mondict sieur de Montmorency, sans palyer autrement, luy envoya incontinent M. de la Guyche*, gentilhomme de la chambre du roy, luy dire qu’il ad-
i. Voyez tome I, p. 205-207. — 2. En 1530.