Louise de Savoie
quelle, estant simple contesse d’Angoullesme, ne l’appelloit jamais que son cousin et son bon voysin. Ce n’estoit autre chose que « mon cousin, mon vovsin», et que si ell’estoit reyne de France qu’il se ressentiroil grandement de ses faveurs et revanches de plusieurs plaisirs qu’elle recevoit ordinairement de luy à la court; car alors elle n’estoit point si grande qu’elle ne fust fort aise d’emplover mondict grand-père et en tirer du plaisir à la court, ayant cet heur d’estre surtout fort aymé du roy Charles VIIIe, du roy Louys XIIe et de la reyne Anne, qui luy faisoit cet honneur de l’appeller ordinairement son cousin, et estoit très-bien en sa grâce, mais je dis des mieux.
Ceste madame la régente donc, estant venue en sa grande hauteur, et son filz roy, ce fut elle qui changea du tout, et fit de la froide bien fort, et de la reffusante un jour audict sieur séneschal de quelque chose dont il l’employa, à laquelle mondict grandpère respondit : « Et bien donc, madame, estoit-ce « que me promettiez estant en vostre petite conté? « Vous ne m’avez pas trompé; car le naturel de vous « autres princes et princesses est, quand vous venez « à une grandeur plus grande que n’aviez jamais es- « péré, vous ne faictes jamais plus de cas de ceux qui « vous ont aymé et faict service; mais j’auray raison « de vous à la vallée de Josapha, où se doit tenir le « jugement; et là, vous n’estant alors assise plus haut « que moy, et que serons esgaux , je vous en sçaray « que dire. »
Tel est le naturel des grandz ausquelz , pour les braver, il faut dire comme l’Espaignol : Soy hidalgo corne el rey, dineros me nos ; « Je suis gentilhomme
comme le roy; il est vrav que je n’ay pas tant d’escus. » Y que se vayan ù lodos los diablos con ellos ; « Et qu’ilz aillent à tous les diables avec leurs escus. »
Je les envoyé tous aux enfers de M. nostre maistre Rabelais où il les faict si pauvres et malotrus haires, que l’on en aura la raison là-bas; ainsi qu’un de par le monde disoit : que s’il y descendoit jamais, il leur donroit tous les jours cent nazardes pour une miette de pain.
Quand tout est diet, si nous autres nous nous entendions bien, tous ces grandz nous rechercheroient plus que nous ne les recherchons, car ilz ne se sçaroient passer de nous. Ce sont nous autres qui faisons les courtz des grandz et emplissons leurs armées, leurs salles et chambres de nos compaignies et présences, sans lesquelles que seroient- ilz? Mais nous ne nous pouvons garder de les suivre, tant nous sommes fatz et ambitieux; dont aucuns se trouvent très-bien, et d’autres très-mal.
J’en fairois un très-beau et long discours, si je voulois, sans emprumpter d’autres exemples que des nostres.
Pour retourner ast’ heure d’où je suis sorty, M. de Martigues deffaict de cet estât de couronnel, M. Dandelot le reprit à Sainct-Germain-en-Eave, comme j’ay dict, où il luv fut commandé par le rov s’apprester, et de tenir ses compaignies prestes pour aller au siège du Havre, que les Anglois tenoient et ne le vouloient rendre, pour l’avoir très-bien achepté, disoient-ilz,