Contresquarre , opposition. — 3. Abstraincls, astreints
SUR LES DUELS
exemple très-beau de feu M. de Guyse, Claude de Lorraine, lequel se voulut desmettre de toutes ses grades, dignitez et nobles qualitez de prince, pour combattre M. le comte de Sancerre *, qui disoit que s’il luy faisoit cet honneur, qu’il avoit deux fort bonnes espées, l’une pour le service du roy, et l’autre pour se battre à luv. Mais sur ces disputes toute la vérité se découvrit, d’autant que le seigneur de Granvelle* avoit faict surprendre un paquet, dans lequel fut trouvé l’alphabet du chiffre que ledict seigneur de Guyse avoit avec le cqmte de Sancerre, sur lequel il avoit contrefaict ladicte lettre au nom du dict seigneur de Guyse, et luy escrivoit que le roy ayant seeu l’extrémité de vivres et de poudres, en laquelle estoit Saint-Disier, qu’il advisast de trouver moyen de faire une composition si honnorable que les hommes fussent sauvez, car le roy ne le pouvoit secourir. Sa lettre fut faicte en chiffres et donnée en secret à un tambour françois, estant allé au camp impérial pour quelques prisonniers, par un homme interposé et à luy incognu, qui disoit avoir charge de M. de Guyse de la faire tenir secrettement audict comte (brave astuce certes !) ; lequel, n’ayant peu cognoistre la fausseté de la lettre, et la pensant vraye, s’estoit rendu sur la parolle de M. de Guyse, qui en vindrent là à se combattre ; mais après toute la vérité fut cogneue; et voilà en quoy il faut louer
1. Louis de Bueil, comte de Sancerre, qui, en 1544, avait défendu contre Charles-Quint Saint-Dizier qu’il fut obligé de rendre, faute de vivres et de munitions.
2. Nicolas Perrenot, seigneur de Granvelle, chancelier de Charles-Quint et père du cardinal.
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DISCOURS
M. de Guyse et sa générosité, de n’avoir voulu faire rempart de sa grandeur, pour ne venir point au combat.
M. le baron de la Garde ayant une querelle entre M. de la Mole l’aisné, au commencement du règne du roy Charles neufviesme, se voulut ainsi desmettre de son ordre pour le combattre à Paris; je les vis. Sur quoy j’ai entendu dire qu’ayant esté demandé une fois à Dom Ferrant de Gonzague, si un chevallier d’ordre pouvoit et devoit reffuser au combat un chevallier qui n’estoit de l’ordre, pour ne faire de préjudice à l’ordre, il respondict publicquement , qu’encore qu’il fust prince et duc, chevallier de l’ordre de la Toison, gouverneur de l’estât de Milan et lieutenant général pour l’empereur en Italie, que quand il aurait querelle d’honneur contre le seigneur Pierre Estrozzy, qui estoit lors dans Parme, et Ferdinant devant, il ne reffuseroit jamais un tel chevallier, encore qu’alors il 1 n’eust l'ordre ny les grades qu’il a eu depuis par ses œuvres vertueuses et vaillantises; mais cestuy-là estoit un chevallier sans l’ordre; qui en valloit bien une douzaine d’autres avecques l’ordre.
Car enfin encore que l’ordre soit institué par les ducs de Savoye, de Bourgoigne et roys d’Angleterre et de France, par une récompense, loyer et marque de grand honneur (ainsi que porte celluy de Bourgoigne : Pretium non vile laborum ), c’est un prix point petit de ses labeurs, et que d’autres fois cesdicls ordres ayans estez très-bien entretenus et superstitieu-