‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 242 sur 270 · Il, Strozzi · texte numérisé non relu

Il, Strozzi

SUR LES DUELS. * 467

sement donnez à ceux qui le mériloient. Despuis (et mesme en nostre France) il s'est tant ravallé, et en a-on tant abusé que, pour l’injure de nos guerres civilles et pour gaigner et entretenir des hommes, il s’en est tant donné indifféremment et aux uns et aux autres, qu’on ne voyoit que de toutes parts chevalliers de l’ordre de Sainct-Michel ; ce qu’abhorrant le roy Henry III, dernier mort, institua celluy du Saincl-Esprit, auquel on y trouva puis après de l’abus autant qu’à l’autre; car il se fit autant commun que l’autre, voire pis, comme j’ay dict ailleurs *, et se donna à force gens que je seay bien, plus par compère et par commère (comme l’on dict) et par faveur, que par la valleur et mérite; desquels j’en sçay un, qu’un secrétaire des commendemens fit pour l’avoir receu en sa maison, et lui avoir donné un disner en passant, et pour lui rendre la pareille, le fit chevallier tout jeune enfant qu’il estoit, et n’avoit jamais veu armée royallc, ny veu croix rouge ny blanche non plus, sinon sur le dos du prestre quand il disoit la messe, ny rien faict de son corps. Si bien qu’on l’appelloit à la cour le chevallier d’un tel secrétaire.

Là-dessus, je laisse à discourir au monde, à savoir si un tel petit seigneur et chevallier doit estre exempt de se battre contre un autre qui ne l’est pas, mais en est plus digne que luy. Voilà pourquoy il se faut mocquer de ces abus, et mespriser ces chevalliers qui se fondent si fort sur leurs prérogatives, voulants faire des gallans et des raminagrobis, qu’il leur sem-

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