Voyez t. V, p. 90 et suiv
DISCOURS
ble qu’on les doive respecter et craindre avec leur Sainct-Michel, ou Sainct-Esprit.
Sur quoy j’ay ouy faire un conte d’un chevallier de l’ordre que, venant de la cour, de prendre l’ordre, et allant en sa maison en poste, il fut rencontré de quelqu’un qui luv vouloit demander une parole et le quereller. Il fut si estonné qu’il ne sceut que respondre, sinon de tirer et montrer son ordre qu’il avoit caché, et dire : « Que voulez-vous faire? Voilà qui vous garde « de vous attaquera moy, ne lerespectez- vous point? » Mais l’autre ny portant respect ny demy, s’en mocqua et le dauba très-bien; et pour toute revanche il disl qu’il s’en plaindroit au roy et au chapitre la première fois qu’il se tiendroit, pour avoir ainsi offensé l’ordre. J’ay cognu celuv qui lit le coup ', et celui qui l’endura.
Tels et semblables gens et chevalliers ne feroient à grand peine ce que fit M. de Guise le dernier mort, et tué à Bloys, l’année que le roy Henry IU tourna de Pouloigne, lequel estant allé à la chasse un jour au bois de Madric, avec toute sa cour (j’y estois), M. de Guise avoit quelque chose à demander à M. de Bussy, qui venoit lors du siège de J^usignan’, où il avoit esté fort blessé en très-vaillamment combattant selon sa coustume. Ainsi que la chasse se faisoit, M. de Guise prend M. de Bussy à part, sans faire rumeur ny semblant d’aucune querelle, ayant commandé à son escuyer de se retirer à part, et ne le suivre sur la vie, et estant bien escarté dans le bois, comme je vis, ny pensant nul mal, il luy demanda (tous deux tous seuls de sa personne à la siene) la
l.'Ne serait-ce pas Brantôme lui-même ? — 2. En 1574.
SUR LES DUELS
parole qu’il luy vouloit demander, et pour laquelle il l’avoit apellé; Mais M. de Bussy l'en satisfit si honnestement, que M. de Guise eut occasion de s’en contenter et luy dire : « Monsieur de Bussy, je me « contente, vous jurant que si vous ne l’eussiez faict, « nous nous fussions bien battus en ceste place où « vous voyez comme je vous y ay amené en gallant « homme, m’estant dépouillé de ma principauté et « des grades quej’ay sur vous, pour me battre contre « vous sans aucune supercherie comme vous voyez, « m’estant fort aisé de vous en faire quand je l’eusse « voulu; mais puisque je suis content, je vous assure « que je vous suis amy autant que jamais. » A quoy M. de Bussy, qui n’avoit point faute jamais de responces, et surtout en ces choses de combats, luy respondict : « Monsieur, je suis fort aise que vous k soyez content de moy, vous priant de croire que « ce que j’en ay dict n’a esté nullement par crainte, « car Bussy n’en eut jamais, et aussi que vous tenant « si magnanime et généreux comme je faicts, je « n’avois nulle peur de supercherie de vous, et que « vous ne m’avez pas mené icy pour m’en faire, et « me couper la gorge en brigant, mais pour me faire « l’honneur de me recevoir et battre contre vous, « ainsi que j’espérois de vostre vaillant et noble cœur, a et comme le venez dire; mais quand nous fussions « venus là, avant qu’aller à vous, je me fusse jetté « en terre en signe d’humilité que je vous dois, et le « bras nud, et la teste nue, je fusse allé à vous pour « m’essayer à vous faire courir aussi grande fortune « comme vous me l’eussiez faicte courir; et si j’en « eusse eschappé, je m’en fusse alléjactant et vantant
« par tout le monde de m’eslre battu contre le plus « brave et vaillant prince de la clireslienté, et avoir « eschapé de ses armes. » M. de Guise luyrespondit: « Monsieur de Bussy, je eroy ce que vous dictes, et « n’en faicts nul doubte, pour la grande assurance « que j’ay et cognoissance de vostre valeur et courage. « N’cn parlons plus, je suis vostre amy; suivons la « chasse. » M. de Bussy luy dist : « Je suis vostre « humble serviteur. » L’un et l’autre m’en firent le conte par les chemins, car l’un esloit de mes meilleurs seigneurs et amis, et l’autre1 estoit mon parent, amy inthime.
M. son père, feu M. de Guyse le Grand, en fit un quasi pareil à l’endroit d’un certain capitaine de par le monde, qui avoit entrepris de le tuer, et s’en vantoit partout ; j’en faicts le conte en sa vie*. Le roy de Navarre dernier, Anthoine, ainsi que nous allions au siège de Bourges aux premières guerres et que le roy, la reyne, leur cour et leur armée marchoient, ayant veu feu M. de Bellegarde parmy leur troupe marchant, et ayant à luy demander quelque parolle, le tira à part et la luy demanda en gallanl homme, sans s’ayder de sa grandeur ny majesté; dont il demeura de luy satisfaict. Ledict Bellegarde le dist après à feu Castelpers et à moy.
Nous avons quasi une pareille histoire de ce grand roy François premier, lequel ayant eu plusieurs advis qu’il se donnast garde du comte Guilhaume de Saxe’,