Voyez sa Vie par Vallès. — 3. En juillet
SUR LES DUELS
Montbron, troisiesme fils de M. le connestable, gentil garçon certes, et brave et vaillant s’il en fut onc, et tout pour l’ambition ; car il portoit envie à M. de Randan de cet estât, pensant succéder à M. son cousin M. d’Andellot. Ils viudrent si advant en leurs querelles qu’ils estoient prests à se battre sans l’empescbement qui y fut mis, et que M. le connestable en eut l’avis soudain qui, comme prompt et colère qu’il estoit, s’en despita et se courrouça tellement que l’esclandre en fut grande en toute nostre armée, jusques à dire que M. de Randan estoit un petit gallant et un mignon de cour et qu’il dormoit jusques à midy, et luy apprendroit sa leçon et son devoir. M. de Guise qui aimoit M. de Randan naturellement (comme certes il estoit aimable en tout) vint trouver M. le connestable en ceste grande colère, et luy remonstrer qu’on ne sçauroit dire autrement que M. de Randan ne fust de fort bonne part et bon lieu, et qu’en tous les endroicLs qu’il se fust jamais trouvé, ny en toutes les charges qu’il eust jamais eu, qu’il n’eust faict tousjours si bien et si vaillamment qu’on ne luy sçauroit rien reprocher; et que s’il dormoit ainsi haut’ heure, que telle estoit sa coustume et tel son naturel quand il estoit à la cour ; mais quand il estoit à la guerre et en sa charge, il estoit moins endormy que le moindre soldat des siens, et que pour apeller M. de Montbron son fils au combat, il ne luy faisoit point de tort, estant autant qualifié que luy fors en biens; et sur ce l’alla faire ressouvenu’ de la remonstranee qu’il fil devant le feu roy Henry, lors de la querelle du prince de la Roche-sur-Ion et de M. d’Andellot, et le pria de re-
nouveller en sov les mesmes paroles et sentences qu’il dist alors pour deffendre la cause de son nepveu, et qu’il trouveroit estre propres pour la mesme cause de M. de Randan; et qu’il ne fairoit tort à M. de Montbron de l’apeller au combat, mais un très-grand honneur, s’estant signalé en tant de lieux si noblement et vaillamment qu’il avoit faict, et ny de se vouloir battre contre son fils, qui pour sa jeunesse n’avoit encor si bien faict parestre son généreux courage, comm’il fairoit par emprès avec l’aage. M. le connestable après avoir songé en luy, et ce que M. de Guise luy remonstra, s’apaisa et fut advisé de les accorder, s’estant un peu repenty en soy de ce qu il avoit dict.
D’une chose se doivent aussi fort garder les petits de s’attaquer aux grands pour les braver et faire un affront, soit qu’ils soient poussez de leur folle outrecuidance et de grande présumption de leur vaillance, ou de la grand’ amitié et faveur que leur portent leurs roys et leurs princes; car ils s’en pourroient bien trouver mal, ainsi qu’il en advint au sieur de Saint-Maigrin de nostre temps, lequel parce que le roy luy faisoit un peu quelque bon visage et de faveur, en vint si insolent, ou possible pour complaire à son maistre, qu’il se voulut prendre à messieurs de Guise, et surtout à M. du Maine (en quoy, il fut ingrat, car M. de Guise l’avoit poussé et faict cognoistre au roy la première fois qu’il vint jamais à la cour), jusques-là qu’il usoit de fort outrageuses paroles, et aussi qu’un jour dans la chambre du roy, ainsi que le roy estoit dans son cabinet, il tira son espée, et en bravant de paroles, il en trencha son gand par le
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mitant, disant qu’ainsi il tailleroit ces petits princes. Il n’emporta guière loing ceste folle outrecuidance, car un peu de jours après il fut un soir estendu sur le pavé de la rue du Louvre, blessé à mort, qui s’en ensuivit le lendemain. La pluspart des courtisans disoient que le coup estoit très-bon, mais c’estoit fort sourdement; car le roy ne le trouva pas tel,» et en fut fort despité et fasché, jusques à se trouver à ses obsèques, et vouloir mal à ceux qui ne s’y trouvèrent, et à contraindre tous ceux qui estoient à la cour d’v aller, où plusieurs y allèrent que je sçay bien, vestus de noir comme les autres, qui soubs l’habit en faignoient belle joye, et si aucuns y en eut-il qui en estoient de la consente de la mort, comme je les cognoissois bien et leur disois qu’ils lissent bonne mine. Le roy le fit puis après tailler en marbre superbement, comme Quiélus et Maugiron et autres. Mais despuis les Parisiens, pour estre chose trop vaine et abusive, ont rompu tout cela1, si bien que le proverbe courut longtems à la cour, contre les mignons et favoris du roy, quand ils faschoicnt quelqu’un ou luy faisoient desplaisir, on disoit : « Je le fairay tailler en marbre comme les autres. » Voylà comment fut payé ce jeune homme outrecuidé mal à propos.
Il ne lit pas si sagement comme fit un gentilhomme à feu M. de la Trimouille’ dict la vray corps de
t. « Le 2 janvier (!t>89), dit l'Estoile, le peuple continuant ses furies et insolences, ausquelles les animoient leurs curés et prédicateurs, abbatit les sépulchres et figures de marbre qne le Roy avoit fait ériger auprès du grand autel de l’église de Saint-Paul à Paris, pour Saint-Mégrin, Quélus et Maugiron, ses mignons. »