‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 256 sur 270 · Sy, exception · texte numérisé non relu

Sy, exception

DISCOURS

cala et en parla à mondict sieur de Biron lors mareschal général de camp, et luy en fit ses excuses, et en fit parler à mondict sieur d’Auzances. Après cela ledict sieur d’Auzances se relira de l’armée, bien que Monsieur luy remonstrast qu’il ne s’en faloit autrement formaliser et estomacquer. Si en conceut-il un tel chagrin et douleur en soy, que je croy qu’il mourut plustost du soing et soucy qu’il concevoit en soy, pour s’en venger, que d’autre mal. Je sçay ce qu’il m’en dict, car nous estions fort prosches et très-bons amys, et si avoit le cœur grand, liant et brave, et peu endurant une injure, et croy que s’il eust veseu, il eust faict un coup (car le roy François premier disoit que c’estoit une fort dangereuse et furieuse beste, qu’un gentilhomme françois, outragé, mal content et despité), si ce n’est que despuis cela se fust appaisé par l’alliance que prit M. le Prince-Dauphin, son fils1, de la princesse sa femme qui estoil fort prosche de M. d’Auzances, à cause de la maison de Mareuil de laquelle M. d’Auzances se pouvoit dire oncle à la mode de Bretaigne.

L’autre gentilhomme que j’ai veu à M. de Montpensier gourmander, ce fust un honneste jeune gentilhomme italien que nous avons veu à la cour, et qui despuis espousa madame Philippe, dame de Bière*, mère de Madame d’Angoulesme d’aujourd’huy. Ce fut au siège de la Rochelle qu’il parla à

1. François de Bourbon, duc de Montpensier, marié en 1366 à Renée d’Anjou, marquise de Alézières.

2. Philippe Duc, Piémontaise. Elle eut de Henri II une fille, Diane, à qui Henri III donna en 1582 le duché d'Angoulême, et qui mourut le II janvier 1619.

SUR LES DUELS

luy un peu outrageusement, et pour rien, et le traict n’en fut pas trouvé trop bon, ny des grands ni des petits ; car c ’estoit un honneste gentilhomme. Il gourmanda devant Lusignan M. de Serré* qui estoit un brave et vaillant gentilhomme; mais cela fut bien à propos, car luy ayant esté pris dans la Vacherie et mené à M. de Montpensier, il luy demanda aussitosi pour qui il tenoit cette place ainsi. L’autre luy respondit très-mal : « Pour le roy, dit-il , Monsieur. » Aussitost cette parole dicte , M. de Montppnsier luy jetta un chandellier d’argent à la teste : o Quoy ! dit-il , suis-je un traistre et un rebelle pour « assiéger une place que vous dictes garder pour le « roy? Voudriez-vous vous dire serviteur du roy, et « moy un traistre et un rebelle? Que suis-je icy de- « vant, sinon pour faire la guerre aux ennemis du « roy, et traistres et rebelles comme vous estes, que je « fairav tous pendre, et commenceray à vous le pre- « mier? Allez, osiez- vous de devant moy. » M. de Montpensier eut là juste subject et raison de parler et gourmander ainsi ce gentilhomme qui avoit tenu cette parole par trop presjudiciable à son honneur, et à luy qui tenoit le rang et place de roy, qui estoit autant se mocquer de luv.

Voilà comment les princes sont louez pour se picquer bien à propos contre les petits, et mcslouez pour mal à propos. Ainsi que fut le cardinal de Lorraine que j’ay cy-devant allégué contre M. d’Auzances cy-dessus mentionné, lequel estant lieutenant de

t. René de Valzergucs ou Valesergues , sieur de Serré. Voyei de Thou, année 1574, liv. LIX.

DISCOURS

roy à Metz, et voyant que M. le cardinal se vouloit usurper la ville de Marsaut au Pays-Mayssin, à cause de l’évesché de Metz, qu’il disoit en despendre, M. d’Auzanees s’y opposa et fust à son escient ou plustost de par le roy ou autre grand l'y poussant, et fit commandement à Salsède, gouverneur, de la garder pour le roy; ce qui fut cause de la grand’inimitié que luy porta ledict cardinal, que paradvant j’avois veu le gouverner, et feu M. de Guise son frère paisiblement. M. le cardinal s’en plaignit au roy, et pour ce M. d’Auzances fut commandé du roy de le * venir trouver à Moulins, ce que je vis, pour conter ses raisons en son conseil privé, devant M. le cardinal, qui le commença à braver de paroles, présent le roy, jusques à l’appeller petit gallant. A quoy répliqua M. d’Auzances , qu’il estoit gentilhomme d’honneur et qu’il n’estoit pas si petit gallant qu’il 1 n’eust recherché son alliance pour un de ses nepveux, qu’estoit M. du Mayne, qu’on desiroit fort marier avec mademoiselle de Mézières, qui fut après maryée avec M. le Prince-Dauphin1; et quant aux autres parolles outrageuses qu’il luy avoit diet, ce n’estoit point à luy à qui il faisoit tort, mais au roy qui donnoit libre accès et congé à un chascun de parler librement devant luy en son conseil et dire ses raisons ; et les disans, sur ce estre outragé le roy en estoit offencé, et la cause luy touchoit de près. Cela fut aussitost appaisé sur le coup; mais M. d’Auzances ne laissa après s’en estre retourné de le luy rendre, car onc-

t. Qu'il, que le cardinal.

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