Exez , accès
Il demeura aussi assiégé dans Orléans, là où il ne pardonnoit à aucune faction qu’il ne s’y trouvast, tout fébrécitant qu’il estoit, si bien qu’un jour, luy estant tiré une grande harquebuzade, ainsi qu’il estoit sur le pont pour ordonner quelque chose, elle luy donna dans sa rondelle, qui ne persa pas, pour estre à l’espreuve; mais luy, pour estre fort foible, tumba par terre, et aussi tost on le vist relever par plusieurs, dont M. de Guyze, et autres comme luy, présumarent que c’estoit M. Dandelot qui estoit mort. Et, parce qu’on disoit que M. d’Estrozze avoit faict le coup, je vis M. de Guyze luy dire : « Strozze, envoyez-moy ast’ heure demander vostre grâce, car vous venez de tuer M. Dandelot : et de plus, s’il est mort, il est mort le meilleur homme des leurs. »
Or donc M. Dandelot, se fondant sur sondict relicqua de fiebvre, ou plustost sur le peu de voulonté qu’il avoit de ne faire la guerre à l’Anglois, comme son frère, n’alla point à ce siège.
Tant y a pourtant, que le roy et la reyne, et tout le monde, le trouvarent très-mauvais et s’en escandallisarent fort. Ain§ il y envoya ses deux couronnelles, qui certes il fit bon voir : et le capitaine Monnains en avoit une, et quelques autres, montans au nombre de quatre ou cinq; et estoient toutes belles, car c’estoit l’eslite des bons soldatz huguenotz : aussi firent-ilz bien, car ilz faisoient à l’envy des catholiques.
Si bien que les uns et les autres menarenl et fatiguarent de telle sorte, les Anglois, que nous les eusmes enfin par composition. Bien est-il vray que, sans la grand’pestp qui s’étoit mise léans, et én tua plus
que nos harquebuzades, nous n’en eussions eu si bon
marché.
Le printemps venu apres, le roy entreprit son vovage projecté, de faire tout le tour de son royaume et se faire voir à son peuple; et partit de Fontainebleau et alla faire sa feste de Pasques à Trove en Champaigne, où M. Dandelot vint de sa belle maison de Tanlé', qui est là près, faire la révérance au roy, et aussi' pour se plaindre à luy de quoy un de ses capitaines, ayant une compaignie vieille en garnison à Metz, estant mort, il avoit pourveu à la compaignie, et l’avoit donnée à un autre des siens, et le roy en avoit pourveu un autre à sa voulonté et dévoction. M. Dandelot remonstroit que c’estoit luy faire tort à son authorité et privilège de couronnel, qu’il avoit de longtemps à pourvoir de places vacqantes de compaignies vieilles, et que M. l’admirai avant luy, et luy après, avoient toujours ainsi faict et pratiqué.
Mais à cela luy respondit très-bien et aussitost la reyne en plein conseil; car un grand, qu’ y estoit, me le dist aussitost, qu’ell’ avoit jiien parlé à luy.
« M. Dandelot, luy dist-elle, ce que vous alléguez, c’estoil du temps du roy mon seigneur et mary, qui, par la faveur grande et amitié qu’il portoit à M. le connestable vostre oncle, luy aceordoit beaucoup de choses qu’il ne devoit, et mesmes celles-là ; car quelle raison y avoit-il que M. l’admirai et vous, couronnelz, eussiez ceste prérogative, et dispositiez ainsi absollument de telles charges, puis que cela appartenoit au
1 Taulay, près de Tonnerre.
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roy, affin que d’autant plus il s’obligeast de bons capitaines et serviteurs, au lieu qu’à vous autres redondoit ceste obligation; et les capitaines pourveuz de vous autres se disoient vos créatures et serviteurs, et non du roy, comme j’ay veu dès ce tempslà? Dont en cela vous en deviez bien remercier la faveur de vostre oncle, et la voulonté qu’il avoit de vous eslever et faire grandz. Mais, ast’ heure, comme les roys font les loyx et les deffont comm’ il leur plaist, le roy mon filz ne vous veut point concéder plus tel pouvoir, et le se veut réserver pour luy, et faire des serviteurs, et les remplacer au lieu de plusieurs autres que vous autres lqy avez faict perdre. Par quoy, ne vous y attendez plus à cela, car le roy mon fdz v veut pourvoir désormais; et le capitaine qu’il a mis à la place du mort, faut qu’il y de-* meure. » Ce fut à M. Dandelot à passer par là. Quelle reyne brave, et de quelle audace elle s’en faisoit acroyre! Et M. le connestable, qui n’estoit pour lors au conseil, mais en sa chambre, se trouvant un ' petit mal, ayant sceu ces propos par M. Dandelot, n’en dist autre chose, sinon qu’il n’en faloit plus parler. Voylà donc la puissance qu’avoient les couronnelz d’obliger des capitaines.
Le roy faisoit bien les capitaines nouveaux, et donnoit les commissions nouvelles, mais messieurs l’ad-* mirai et Dandelot pourvoyoient aux compaignies vieilles; ce qui estoit un très-beau privilège. Du despuis, cela a esté bien changé, sinon despuis que M. d’Espernon a esté faict couronnel, et, par sa faveur, faict ériger son estât en officier de la couronne, et disposoit des capitaines.
Or, M. Dandelot estant mort à Xaintes1, M..d’Estrozze fut faict et créé absolu couronnel général des bandes franooises*, sans avoir compaignon ny cor» rival, c’est-à-dire que, durant la guerre, il l’estoit bien absolu; mais venant la paix, M. Dandelot, par les compositions qui permettoient à un chascun de r’entrer en leurs charges, reprenoit tousjours la sienne; et, un peu avant qu’il mourust (je croy qu’il ne s’en falust pas un mois), estoit mort M. de Brissac', duquel toutes les compaignies vindrent à se joindre et se mettre dans celles de M. d’Estrozze, fors celles des vieilles bandes du Piedmont, qui pouvoient monter* à dix ou douze seulement, lesquelles furent réservées et données au jeune conte de Brissac, lequel, pour la jeunesse, ne peut avoir toute la despouille de son frère; ains falut qu’il se contentast de celles du Piedmont, pourtant le titre de cauronnel général des vieilles bandes du Piedmont, comm’ il le porte encor; et fut malstre de camp La Rivière Puitailler l’aisné, et puis M. d’Aunous, qui mourut au siège de Poitiers, digne homme certes de sa charge . ,• (il le monstra bien lorsqu’il partit de Sainct-Maixans, et s’alla jetter dans Poitiers avec son régiment, qui vint bien à propos, et y entra en despit de l’ennemy,
t . Le 27 mai 1569.
2. On peut comparer la notice que Brantôme consacre ici à son ami Philippe Strozzi avec La vie , mort et tombeau de haut et puissant seigneur Philippe de Strozzi , par H. T. sieur de Torsay, Paris, 1608, in-8°; réimprimé dans le tome IX (première série) des Archives curieuses de l'histoire de France , p. 401 .
3. Timoléon de Cossé, comte de Brissac, fut tué au siège de Mucidan, le mois même où mourut d'Andelot (mai 1569).
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qui le tenoit tout circuit et environné), puis Àutefort et autres.
Il y en a aucuns si ignorans, et mesmes je l’ay veu escrit dans un’ histoire de nostre temps, qui disent et afferment que M. de Strozze eut l’estât de couronnel général après la mort du conte de Brissac, qui l’estoit alors. Voylà bien dict.
Quelz abuseurs et menteurs escrivains! Telles gens pour lors ne hantoient guières les armées ny les compaignies, parmy lesquelles on eust bien ouy les bandons faictz et se faire par M. d’Estrozze, couronnel général de l’infanterie de France, et M. de Brissac, couronnel général des vieilles bandes du Piedmont : et cela est très-vray, ce que je dis. Plusieurs capitai- ' nés et soldalz de ce temps, qui vivent encor, en diront de mesmes que moy.
Voylà donc ]\I. d’Estrozze, ce coup, bien couronnel général, lequel, dans peu de temps, fit parestre à la Roche-la-Belye, en Lymosin, ce qu’il es* toit; car, l’ennemy s’advançant là un matin pour forcer, s’il eust peu, le logis de Monsieur, frère du roy, nostre général, sans qu’on s’en donnast garde aucunement, ce fut au couronnel faire là tout l’effort; et ainsi qu’il alloit à eux d’un visage et courage assuré, il ouy quelque voix d’aucuns soldatz de M. de Brissac, et capitaines et tout, qui murmuroient bas et disoient : « Ah ! où est M. de Brissac? » M. d’Estrozze, qui avoit l’ouye bonne, leur respondit : « Là où il est. Mort-Dieu! suivez-moy seulement, et je vous meneray en un lieu si chaud et si advant, que jamais le conte de Brissac ne vous y mena : suyvez! suyvez! » Ce qu’il fit; car il les mena dans une grosse
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trouppe de l’ennemy, et y soubstint une si furieuse escarmouche,' qu’il y mourut sur la place vingt et deux de ses capitaines ou lieutenans, ou enseignes; comme fut le capitaine Sainct-Loup, brave gentilhomme, son lieutenant du pays d’Anjou, qui en criant: « Sauvez M. d’Estrozze! » et se mettant devapt luv, reçeut le coup que l’on alloit donner à son couronnel, qu’il sauva, et luy mourut: digne office faict à son maistre et couronnel, certes très-louable.
Moururent aussi le capitaine Rocquelaure1, Gascon, lieutenant d’une des eouronnelles de Brissac; le capitaine Vallon, Provançal, fort aymé de Monsieur, frère du roy, son maistre; le capitaine Mignard, Basque, et un’ infinité d’autres bons et vaillans capitaines, tant lieutenans, enseignes que soldatz, desquelz pourtant on n’eust eu si bon marché sans qu’, ainsi qu’ilz estoient au plus chaud de l’escarmouche et combat, survint du ciel une si grande ravine d’eau, si espesse, si menue et impétueuse que, sur ce, M. de Mouy, bon capitaine certes, prenant l’occasion, chargea avec sa cavallerie si à propos ceste pauvre infanterie, qui ne se pouvoit plus ayder de leurs harquebuz, pour avoir les mesches estainctes et pour estre toute trempée de ceste eau, comme d’un . coup du ciel, qu’on en eut bon marché, et les miton ainsi en pièces : dont on en blasma beaucoup de nostre cavallerie qui les secourut très-mal; pour le moins l’infanterie s’en plaignoit fort.
Le carnage y fut grand et cruel, et sans peu de rémission. Aussi, cinq mois après, à la battaille de
t. Jean-Bernard, seigneur de Roquelaure
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Montcontour, qui fut gaignée pour nous, on crioit par revanche parmy les bandes : « La Roche-la- Bellie! » comme d’un mot' et signal pour tuer tout et n’en espargner aucun.
Ainsi la cruauté se récompanse par la cruauté. El ne faut point doubter que là mondict sieur d’Estrozze n’eust passé par les pas des mortz comme les autres, sans qu’il y eut un honneste cavallier qui le sauva; et fut faict prisonnier et gardé fort honnestement, et rendu après poux1 M. de La Noue.
Sur ce discours, il ne falloit point que les soldatz de Brissac l’appellassent tant pour les menerau combat1; car il ne les y eust seeu mieux mener, ny là, ny ailleurs ; car on ne sçauroit desrober cela audict M. d’Estrozze ; qu’il ne fust fort courageux et vaillant, et l’homme du monde craignant le moins les liarquebuzades et le plus assuré à elles, comme je l’ay veu souvant.
Bien est-il vray qu’il ne sçavoil pas faire la monstre ny la parade de ses vaillances qu’il a monstrées aux battailles, aux rencontres, aux sièges, aux assautz, où il s’est trouvé, que je dirois; mais je ne fairois qu’en parler tout un jour entier, tant il m’en donneroit le subject, et de plusieurs de telles factions.
J’ay eu cet heur de m’estre trouvé avec luy souvant; car il m’avmoit uniquement, et croy plus qu’homme de France. Je n’euz jamais charge soubz luy que deux ans , en capitaine de gens de pied ; mais, parcertain caprice, je quietay tout. Et, pour ce, je ne l’abandonnay jamais pourtant , fust à.J| guerre,