‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 27 sur 270 · Voyez de Thou, livre XLV · texte numérisé non relu

Voyez de Thou, livre XLV

fust à la court, tant il m’aymoit et je l’avmois; et me disoit-on son compaignon et fidelle confidant. Dès le commancement du siège de La Rochelle jus- . qu’à la fin , je ne bougeay jamais d’avecques luy, bevant, mangeant, et couchant ordinairement chez luy et en sa chambre.

Je peux tesmoigner que là, ny ailleurs, je ne luy vis jamais faire aucun acte de laschetté, mais tout de prouesse, encor qu’il y fist là aussi chaud qu’en lieu où on ayt veu siège ; et si m’assure que j’en y ay veu des plus fandans et eschauffez s’attiédir et baisser bas. Le jour du grand assaut, il y alla le premier sans marchander et peu suivy de ses gens, combien que M. de Montluc, qui ordonnoit l’ordre de l’assaut, luy avoit dict et prié de toucher ses gens devant luy 1 et qu’autrement tout n’iroit pas bien, et qu’il en avoit veu arriver de grandes fautes, et luy iroit après.

M. d’Estrozze luy promit, mais il ne luy tint pas ; car, amprès que la mine eut joué, M. de Montluc, qui estoil dans le trou du fossé, commanda aussitost à M. de Gouas de donner et faire la première poincte avec ses gens, ainsi qu’il y estoil destiné et ordonné, et M. d’Estrozze devoit aller après avec son gros.

M. de Gouas fut aussitost blessé à la jambe, dont il mourut après par la cangrène qui s’v estoit mise, encor que le coup fust fort petit et ne touchast à l’os. Et, en s’en retournant, rencontra M. d’Estrozze qui s’en alloit viste à l’assaut; il luy dist : « Monsieur, ilz sont à nous. Donnez seulement, la bresche est très-

1 . Toucher ses gens devant luy, c’est-à-dire les faire marcher devant lui.

raisonnable. » Mais il ne l’avoit pas recognue, car il avoit esté blessé en allant, et ne peut monter en haut. En quoy M. d’Estrozze l’en blasma après (je le sçay) sur son dire , encor qu’il fust un très-bon capitaine, et digne de foy en telles choses.

M. d’Estrozze s’advança, et sans dire gare, ny adviser à ce que M. de Montluc luy avoit dict, ny qu’il luy avoit promis, ny qu’il1 2 3 le suivoit, marcha et monta. Il n’a voit avec luy gentilhomme voulon taire que moy; car il avoit esté deffendu, de par Monsieur, que nul gentilhomme y allast, craignant perdre la noblesse ; mais à moy, comm’à son amy privé, la loy ne s’y addressoit.

M. d’Au* y estoit aussi* qui s’estoit desrobé, et estoit amy de mesmes dudictM. d’Estrozze, et le petit Chasteauneuf, de la maison de Rieux, dict M. de Sourdiac aujoitrd’huy ', aussi que M. d’Estrozze l’aymoit, et luy donna amprès l’une de ses enseignes couronnelles ; car M. de Laneosne le jeune en ce jour la portoit, qui estoit un autre brave gentilhomme.

M. d’Estrozze donc, ayant pris langue de M. de Gouas, sans marchander donna. Je luy dis: « Monsieur, vous ne faictes pas ce que M. de Montluc a dict. — C’est tout un, Branthome, me respondit-il. Allons; nos gens auront meilleur courage de venir, quand ilz me verront à la teste marcher le premier pour leur monstrer le chemin. » Ce qu’il fit. Mais il ne

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