‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 28 sur 270 · François d’O · texte numérisé non relu

François d’O

3. René de Rieux, seigneur de Sourdéac, marquis d'Ouessant, chevalier des ordres du roi, mort à Assc (Anjou) le 4 décembre

fut pas plustot «à demy du haut, qu’il eut une grande harquebuzade dans la cuyrasse, qu’il en tumba de son haut dessus les pierres que la mine avoit enlevé, dont nous le tinsmes pour mort, et que l’harquebusade l’eust percé ; mais il ne se froissa que les jambes et la teste : et là il fut trompé ; car, pensant estre suivy de ses gens, il le fut très-mal. En quoy il eut mieux faicl s’il eust creu M. de Montluc, de les toucher et voir aller devant, ainsi qu’il en parloit plus par pratique que par art.

Et, puisque nous sommes sur cet assaut, si en parleray-je ce mot : que Monsieur, frère du roy, nostre général, qui avoit tout veu ce que nous avions faict, il envoya quérir M. d’Estrozze, qui le vint trouver dans la tante du conte de Coconas, qui' estoit là auprès, où il s’estoit retiré avec tout son conseil; et là y estant, et moy avec luv, tous armez, Monsieur luy dist: « Strozze, si voslre infanterie vous eust suivy eomm’il avoit esté ordonné, et qu’ell’ eust faict aussi bien que vous et ceux qui estoient avec vous, la place estoit prise, ainsi que j’ay peu voir; mais il faut encor recommancer l’assaut et faire aller vos gens devant, ainsi que M. de Montluc vous avoit dicl, et vous après ; et m’assure que nous les emporterons. »

M. de Montluc estoit là , qui dist aussitost : a Ouv, sire (car alors il estoit desjà roy de Pouloigne), nous l’emporterons : il est fort aisé, car la bresche est bonne et très-raisonnable. »

Alors je ne peuz m’engarder de parler, voyant que M. d’Estrozze ne parloit; car il estoit en ces choses quelquesfois crainetif devant Monsieur. « Il le vous

semble, monsieur? luy dis-je. Ell’est si raisonnable, que, par Dieu, je ne sçache homme icy qui ayt si bonnes jambes qui, en montant, ne tumbe quatre ou cinq fois, et sur le haut il se puisse tenir s’il est tant soit peu repoussé, ou s’y veuille tenir de pied ferme; car le tout est si raboteux, à cause des pierres que la mine a soubzlevées, qu’il est impossible s’y arresterbien pour combattre. Je le puis dire, car j’y ay esté, et l’ay très-bien essayé. Toutesfois, puisque le roy veut faire encor redoubler l’assaut, faire le peut. »

Et, ainsi qu’on l’arrestoit, survint le plus estrange acidant qui arriva il y a longtemps en armée , et sans aucun subjeet; car, tout à coup, voycy venir un’allarme par toutes les tranchées, que l’ennemy estoit sorty, et que l’on estoit desjà aux mains, et que le tout estoit faussé ; si bien qu’il prit une si grande espouvante et effroy parmy nos gens de pied, et parmy plusieurs de la noblesse, que quasi la plus grand’part branlarent et ne sceurent que faire: et fut bien encores pis, que plusieurs eurent telle frayeur, qu’ilz advisarent à se sauver par lesmaretz, et aucuns s’y enfuyrent, qui furent amprès recogneuz par la boue qui en estoit emprainte en leurs chausses; et telz, qu’on lenoit bons compaignons, furent taschez de mesmes. Il y en eut pourtant plusieurs qui tindrent assurée contenance. Néantmoins, tout le monde ne sçauoit que c’estoit, sinon qu’il CStoit tout en allarme et en rumeur si grande, que l’on ne vist jamais un tel désordre.

Nous estions en la tante du roy de Pouloigne pour lors, comme j’ay dict, qui sortismes de là avec la

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plus grand’presse et foule que je vis jamais, dont je m’en dois bien souvenir; car un honneste et brave gentilhomme qui estoit près de moy, que j’avois nourry, nommé M. du Breuil, en voulant sortir, il lumha derrière un coffre, pour la pesanteur de ses armes et la foule qu’y estoit, que je croy qu’il seroit encor là sans moy, qui luy prestis la main et l’en sortys, dont nous en rysmes bien après; car il estoit de bonne compaignie, et si luy effrayé de sa cheutte cuyda tuer dans la tante un gentilhomme des nostres, d’une courte dague qu’il avoit, pensant que ce fust l’ennemy, et que tout fust gaigné.

Enfin nous sortismes et courusmes au trou du fossé. M. d’Estrozze et moy tousjours avec luy, trouvasmes que ce n’estoit rien, et que l’ennemy seulement n’avoit pas comparu la teste du dessus du rampart, ny sorty par aucune porte, car il avoit assez affaire ailleurs, et à entendre à ses assautz, escalades et surprises.

L’on voulut sçavoir après d’où estoit sortie ceste allarme et telle rumeur. Les uns dirent que c’estoit quelque bruict que quelques traistres parmy nous avoient eslevé et faict courir à poste; d’autres disoient que de nous mesmes nous nous estions ainsi espouvantez et effrayez sans propos; d’autres, que cela estoit venu du ciel par quelque cliaslimenl divin, ou que le tout avoit esté arrivé divinilîis aut fato'. Bref, on parloit en force diverses façons. Et sur ce dernier poinct, puis après, en discourant avec d’autres, je m’allay souvenir avoir leu qu’à la prise de

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