‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 29 sur 270 · I . Par un effet de la volonté divine ou par accident · texte numérisé non relu

I . Par un effet de la volonté divine ou par accident

Rome par M. de Bour bon, un alfier ou porte-enseigne romain, sur l’allarme de l’assaut, il luy prit une telle esmotion et action de corps et d’esprit (on l’appellera comin’ on voudra), qu’avec son enseigne il descendit du rampart, s’en alla vers l’ennemy et s’en retourna en mesme appareil dans sa ville sain et " sauve, sans autre mal. Il faloit dire que ce fust quelque terreur panicque, ou quelqu’ange bon ou mauvais qu’y opéras! et le conduisist par la main. J’en laisse à discourir aux divins philosophes. Tant y a que cet acident que je viens de dire a esté trouvé trèsestrange et bizarre.

Si faut-il que je die ce mot, que jamais je ne vis nostre roy de Pouloigne estonné, et ne vouloit que sortir : mais la foule estoit si extrême qu’on s’y estoufToit du chaud qu’il faisoit ; car les uns vouloient sortir, les autres entrer, si bien que nous commandons à rompre les cordes de la tante pour passer par dessoubz.

J’auray esté, possible, par trop long en ceste digression.

Pour retourner donc à M. d’Estrozze, je peux dire avecqu’une très-grande vérité que c’estoit un trèsvaillant homme de guerre, et que pourtant n’y a jamais esté blessé. En ce siège de La Rochelle, il receut quatre bonnes harquebuzades dans ses armes, sans qu’elles portassent jamais : en quoy il lut trèsheureux, car ordinairement il estoit aux hasard/..

La première charge qu’il eut jamais fut aux premières guerres, qu’il eut une compaignie de gens de pied, laquelle seule fut destinée pour la garde du roy. Il avoit clioisy un très-brave lieutenant, qui es-

toit le capitaine Bordas, de Dax; M. de Corbozon', de la maison de Lorges , pour son enseigne , qui pourtant le quicla et s’en alla à Orléans huguenot ; et Martin Ozard pour son sergent , qui despuis fut lieutenant de l’une des couronnelles. Mais luy se faschant de demeurer ainsi arresté , et subject à une garde de corps, et oyant dire que tous ses compai- . gnons menoient les mains de tous costez, il ne cessa jamais de prier le roy et importuner de luy bailler congé d’aller avec les autres; ce qu’il eut : et arriva devant Rouan, où il se monstra digne de sa charge ; et puis, comme j’ay dict, il eut la charge de Charry, * et de là fut couronnel aux secondz troubles, commandant à trois régimens menez par les trois maistres de camp Cossain, Charrou et Gouas, très-bons hommes qui méritoient bien ceste charge.

M. de Cossains estoit vieux soldat et capitaine, gentilhomme nourry page en Piedmont de M. de la Mothe-Gondrin, à ce que luy ay ouy dire. Il commanda à une compaignie de gens de pied en la guerre de Toscane: mais M. de Montluc la luy osta ignominieusement, et luy vouloit faire pis (je me passeray bien d’en dire le subject), et luy vouloit un mal extrême. J’ay bien veu despuis le contraire; car il l’a fort avmé , et luy ayda à espouser sa bellesœur madame de Lyous*. Il suivit M. de Martigues au Petit-Lict , et y fit très-bien, sans aucune charge pourtant , sinon en capitaine entretenu du couron-

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