‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 30 sur 270 · Courbouzon · texte numérisé non relu

Courbouzon

2. N. de Fagcz, veuve (1367) de Joachim, seigneur de Leoux, frère de Monluc.

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nel. Aux premières guerres civiles il eut une compaignie de gens de pied , laquelle il conduisit et employa très-bien à la prise de Blois. Il y eut une grande harquebuzade à travers le corps, qui le perça de part en part, et en fut guéry aussitost.

Je l’ay veu fort subjeet aux blessures, aussi les recherchoit-il voulontiers. Il commandoit de belle façon ; car il avoit le geste bon, et la parolle de mesmes. Aussi disoil-on piaffe de Cassai ns : il l’avoit de vray; mais c’estoit en tout qu’il estoit piaffeur et en geste et en faict et en parolles. Il fut fort blasmé d’avoir esté un grand meurtrier à la Sainct-Barthélemy à Paris, aussi d’y avoir gaigné beaucoup; car il avoit là toutes les enseignes des gardes du roy, dont il estoit maistre de camp, et les y fit là bien mener les mains.

Du commancement , quand le roy luy en descouvrit l’entreprise et sa voulonté, il y fit grând’difïiculté et impossibilité, pour, avec si peu de gens, forcer un si grand nombre d’huguenot/, qui estoient dans la ville; mais le roy, et son conseil en cela, après luy en avoir ouvert les moyens et les intelligences , qu’il avoit toute la ville à soy , il y prit goustz et n’y espargna après le sang, dont on l’appelloit le principal bouclier. Et bientost après en sentit son âme chargée, et mesmes quand il fut devant La Rochelle, où, quasi y présageant sa mort, monstroit ordinairement une tristesse et ennuy, et comm’ un remordz de conscience, si bien que souvant (d’autant que j’estois son amy et que nous estions compères à cause de sa femme), en jouant, je luy disois quelquesfois qu’il y mourroit : « Ab ! ne me le dictes point, mon compère, a disoit il, car je le sçav bien : que maudicte soit la

« journée de la Sainct-Barthélemv ! » lorsqu’il fut blessé (dont il mourut après), je croy que de toute ceste nuict il ne fut pas tiré deux harquebuzades ; et encore celle qui luy porta fut tirée en un lieu si escarté, que guières souvant on y tiroit. C’estoit en un coing de maretz qu’il avoit dict à M. d’Estrozze aller recognoistre , pour y faire quelque petit retranchement. Soudain on nous vint dire qu’il estoit blessé; nous y accourusmes, qui dist soudain que c’estoit* rien; et, addressant sa parolle à moy, me dist que, pour ce coup, ma prophétie seroit vayne et qu’il ne mourroit de ce coup. L’endemain nous le fusmes voir, qui en son semblant monstroit se porter bien; mais le voyant un peu commancer à balbutier et béguayer, je dis à M. d’Estrozze soudain : a II est mort,

« monsieur, n’en faictes plus d’estat; allons-nous en. » Au bout de deux jours mourut, regretté certes d’aucuns, mais non pas tant de son roy comme s’il fust esté mort un an advant; car, lorsqu’il en sceut la mort, il dist publicquement à son disner : « Cossains est a mort; mais que diriez- vous de luy, qui avoit si « bien faict en beaucoup de lieux où il s’estoit « trouvé , estant en ce siège de La Rochelle, il n’y a « jamais rien faict qui vaille? Il s’v est trouvé tout « à coup si fort saisy de deffaillance de cœur, qu’à « toutes entreprises pour prendre la place que mon « frère luy a proposé, il y a trouvé tousjours des' « difficultez et y a tousjours répugné de toutes les « opiniastrettez qu’il a peu , et n’y a monstré non « plus de cœur qu’une putain, » usant de ces motz.

J’ay ouy dire qu’il y eut un gallant homme qui, oyant telz propos et les retenant, dist à un sien

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compaignon : « Marquez ceste chasse. Vovlà que « c’est de faire service aux roys. II ne faut qu’un a verre cassé pour tout perdre. »

Et certes , les difficultez que ledict Cossains faisoit estoient fondées sur des grandes fautes qu’on proposoit pour prendre ceste place, et malaisément pouvoit-il souffrir telles incongruitez; car jamais on ne vist en place si grande confusion d’opinions frivolles qu’on vist là. Aussi les ennemis, lorsque nous basâmes du commancement le fort de Sainct-Martin, nous reprochoient que nous basassions la tour de Babel '. Plusieurs des nostres prindrent argument là-dessus, de pronostiquer la confusion d’opinions qui s’engendra parmy nos princes, grandz et capitaines, à ne s’accorder pour bien assiéger et prendre ceste place. Aussi, pour dire vray, il y avoit trop de gens de conseil là assemblez. Feu M. de Lautrec et M. de Guyze n’eussent pas faict cela.

Voylà la mort de Cossains, à l’advancement de laquelle ayda beaucoup la cruauté dont il usa à la Sainct-Barthélemy, ce dict-on, comme de mesmes ell’en fît à M. de Gouas, son compaignon et intime amy. Hélas ! tous deux n’eurent grand loysir de jouyr à joye du butin beau qu’ilz avoient faict ; car, comme j’ay dict, Gouas y mourut : dont certes fut un trèsgrand dommage; car c’esloit un très-bon capitaine et digne pour les gens de pied. M. de Montluc luy avoit mis les armes en main ; il le loue fort en son livre*. Il fut un des lieuienans de M. de Pienne au

t . Voyez tome IV, p. 37. •

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