Rottier, routier
COURONNELS FRANÇOIS.
d’un’espaule de mouton , et le flasque, qu’on appelioit ainsi, estoit de mesmes, voire pis, comme de quelque cuyr boully ou de corne; bref toute chose chétifve.
Du despuis, en Piedmont, ilz s’acommodarent des canons de Pignerol , que l’on fit et forgea là un peu plus renforcez, mais fort longs et menus, qui certes .estoient bons pour ce temps.
Du despuis, nous nous en sommes servys pour la chasse, à cause de leurs bontez. Leurs flasquetz ne valoient guières non plus, du demeurant; la mesche de l’barquebuz se portoit par le soldat toute entortillée en rondeur dans le bras , fors le bout de la mesche que l’on tenoit en la main, pour la mettre au serpentin. Les jannissaires turcz du Grand-Seigneur n’en ont point encor oublié la eoustume, qui portent encor ainsi leur mesche , qui, pour cela, ne se pouvoit si bien accommoder ny si proprement au serpentin, comme nous la portons aujourd’huy.
Du despuis, peu à peu, en Piedmont, ilz s’accommodarent des canons de Milan , qu’ilz recouvroient par quelques deffaictes et desvalisemens qu’ilz faisoient sur les Espaignolz; mais peu en recouvroientilz autrement par la traflique de Milan, qui estoit deffendue, des armes.
M. Dandelol vint donq de Milan , et en apporta quelques trois cens, à cause de la trefve, comme je luy ay ouy dire, et autant de fournimentz; mais les canons estoient pctitz et peu renforcez ^ et les charges des fournimens pareilles.
Du despuis, s’en porla-il en France peu à peu, et peu à peu commanda à ses capitaines d’en fournir
leurs bandes le plus qu’ilz pourroient; mais l’alTluance du trafïic n’estoit si grand* qu’on s’en peust armer grandement; si bien qu’il se faloit ayder des canons de • Metz et d’Abbeville, et fourniment de Blangy; mais tout cela n’aprochoit point à ceux de Milan. Et me souviens qu’aux premières guerres, les compaignies nouvelles estoient au commancement très-mal armées, et bien heureux estoit le capitaine qui pouvoit dire avoir en sa compaignie vingt ou trente harquebuz et fournimens de Milan. Certes, ce n’estoit que grosserie'; mais peu à peu, on en fit venir, et M. de Guyze, qui estoit capitaine providant en tout, en fit , venir.
Il y avoit bien les compaignies vieilles de M. Dandelot, et mesmes ses couronnelles en estoient trèsbien armées ; si bien que dans Rouan, l’une d’elles y ' estant, comm’ elles tiroient de très-bonnes harquebuzades sur nous, plusieurs des nostres disoient : « Voyez « les marautz , la bonne poudre qu’ilz ont léans , et « que la nostre vaille si peu ! »
M. de Guyze un jour le dist en soubz-riant, à un grand quejesçay, de quoy l’autre en rougist : «Ne voyez- *
« vous pas que ce n’est pas tant seulement leur bonne « poudre , mais ce sont les grandes charges de leurs « fournimentz, et leurs bonnes harquebuz qu’ilz ne a craignent de charger, voire de doubler la charge,
« que M. Dandelot a ainsi bien armez? Nos soldatz « ne le sont pas ainsi encor; mais, avec le temps, ilz « le seront. Et voylà, disoit-il, nostre amy, la bonne « poudre qu’ilz ont! »