‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 36 sur 270 · Hurque, barque · texte numérisé non relu

Hurque, barque

vaisseau plus léger, où estoit M. de Beaumont, lieutenant de M. de Brissac , et avoit esté son gouverneur : et, sans autrement temporiser, vint cramponner l’admirai , et combatirent main à main longuement. Mais, estant blessé d’une grande mousquetade à la cuysse, et assez près du genouil, ses gens s’en effroyarent, et se mirent à ne rendre plus de combat : si bien que l’Espaignol entra dedans fort aisément, et s’estant saisy de luy, le menarent au marquis de Saincte-Croix, qu’on dict que, l’ayant veu en si piteux estât, dist qu’il ne fairoit qu’empesclier et ensallir le navire, et qu’on le parachevast : ce qu’on fit, en luy donnant deux coups de dague, et le jettarent dans la mer.

Voylà sa fin : en quoy faut noter le malheur de ce pauvre seigneur, que luy, qui, l’espace de vingt ans, s’estoit tousjours affectionné à avoir quelque bon navire sur mer, qu’il envoyoit ordinairement busquer fortune (et de faict je luy ay veu de beaux et bons vaisseaux qui luy ont raporté quelque proffit), qu’à ce voyage et entreprise de telle importance, il ne se fust esquipé d’un plus beau et meilleur pour la guerre que ceste grosse vilaine hurque, plus propre pour la marchandise que pour un combat; si bien qu’il en falut emprumpter un autre à l’improviste, et s’y jelter dedans, lequel estoit bon et jolly, et assez grand, mais non pas suffisant pour attaquer cet admirai superbe espaignol.

L’autre malheur de luy, qui ayant fàict à sa poste choix de ses capitaines et ses gens, tant mariniers que soldalz, ainsi qu’il luy avoit pieu, tant parmy les bandes que parmy les portz, il fut si mal servy

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et secouru d’eux, que nul ne lu y assista que le conte de Brissac.

M. de Guyze et moy en fismes un jour le discours dans un’ allée de son jardin en l’hostel de Guyze. Il y en eut un’ qu’il avoit choisy pour un de ses grandz amis et confidans *, le préférant à un’ infinité d’autres qu’il avoit , qui fut blasmé de l’avoir trèsmal secouru, et pour ce en fut mis en prison et accusé par la reyne mère et par madame la contesse Fiasque sa cousine ’, qui aymoit fort son cousin , sage, vertueuse et généreuse dame, s’il y en a eu de nostre temps, et luy grevoit fort de l’avoir veu ainsi perdu par faute de secours. Cet accusé estoit en grand’ peyne et danger de la' vie, sans qu’aucuns disent que son innocence fut vérifliée. D’autres disent que la faveur luy ayda fort. Je m’en rapporte à ce qui en est. Si l’ay-je veu pourtant en de bons affaires où il n’a jamais reffusé combat , mais trèsvaillamment y est allé, et en a rapporté glorieusement des marques.

Il y en avoit aucuns qui accusoient ledict M. d’Estrozze , pour n’y avoir appellé d’autres de ses plus grandz amis ei très-esprouvez en fidellité et en valeur, comme le jeune Lanssac, lequel certainement il appella au commancement, et le mil en grandz fraiz; mais, estant vers Bourdeaux, il luy trouva quelque querelle d’Allemaigne, aucuns disent venant

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