Sainte-Solinc. Voy. t. IV, p
2. Alphonsine Strozzi, fille de Robert Strozzi et de Madeleine de Médicis,’ femme de Scipion de Fiesquc, chevalier d’honneur de Catherine de Médicis et d’Élisabeth d’Autriche.
de luy, autres de la revue mère, autres du mareschal de Matignon, autres du roy. Tant y a que ledict Lanssac le vouloit faire appeller pour se battre avec luy; mais cela fut interrompu, et puis M. d’Estrozze fit voylle sans luy.
Certes ce seigneur Strozze avoit réputation de n’estre mauvais ennemy ny bon amy. Aussi il me le fit parestre là mesmc, comm’ à Lanssac; car tout ainsi que je l’avois accompaigné en la pluspart de ses guerres et voyages, et en France et hors de France, vingtcinq ans et plus, je ne me voulus retirer de celuy-là, luy m’en ayant prié, et me présentant bonne part de sa fortune et continuation de son amitié. Dont, pour ce, estant sur le poinct de me maryer en un bon lieu, qui m’eust rendu pour le reste de mes jours plus heureux que je ne suis, je rompis expressément le maryage; et, ainsi que je m’en allois tout droict le trouver à Bourdeaux, je trouvis qu’il n’v avoit pas quatre jours qu’il m’avoit donné le coup de pied de mullet, et faict un tour d’un amy ingrat ingratissime. Le discours en serait long si je le voulois mettre par escrit. Suffira le monde de sçavoir que s’il ne m’eust usé de ce traict, sa mort me fust estée insupportable ; ou , si je l’eusse suivy, pour le seur je fusse mort aveeques luy. Je ne l’avois jamais désemparé d’un seul pas aux factions où il estoit, sans avoir eu jamais de luy bienfaict ny plaisir; mais telle estoit mon humeur, et de l’aymer. Force capitaines et soldatz qui vivent encor aujoürd’huy le sçaroient bien dire.
Vovlà donc ce pauvre seigneur mort, un aussi homme de bien qu’il en sortit jamais de sa nation
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ny sa ville de Floranee. Comme j’ay dict, il n’avoit que cela de mauvais, qu’il estoit le plus froid amy que j’en vis jamais.
Un peu avant qu’il entreprist ce voyage par le commandement de la reyne, il fut prié et pressé de se deffaire de son estât de couronnel, luy allégant qu’il ne pouvoit tenir les deux estatz de général en ceste armée, et de couronnel en France. Ce fut une parolle qui luy fut ennuyeuse à l’ouyr, et aigre à la cracher. Toutesfois le roy, désirant faire M. d’Espernon grand , et le grattiflier de cet estât , auquel il aspiroit plus qu’à pas un de la France, ledict M. d’Estrozze fut contrainct de le laisser, fort à son trèsgrand desplaisir ; car je sçav bien ce qu’il m’en dist alors, et qu’il mourroit à ceste entreprise, ou bien qu’il auroit un estât plus grand que celuy-là ; et que nul n’oseroit jamais penser de luy oster ny d’y vouloir entreprendre.
I-e roy luy donna cinquante mill’ escuz pour récompense, lesquelz il convertit à l’achapt de Bressuire en Poictou ; et ç’a esté ce qu’il a jamais laissé, luy et son père, de tant de biens qu’il porta en France, et à son service. Car j’ay ouy dire à plusieurs que, lorsqu’il y vint, il avoit un milion d’or, ou en bancque, ou en meubles et joyaux, ou argent monnoyé, jusques à sa librairie.
, Voylà maintenant M. d’Espernon couronnel de France, de la façon que j’ay dict, et comme l’ayant aussi très-bien mérité, fust avant, fust après.
De descrire maintenant ses valeurs et ses faictz , ce seroit une chose très-vaine et superflue à moy que de m’y amuser, veu qu’ayant esté un favory de roy.
le plus grand que jamais roy de France ayt eu, jusques-là que je l’av veu qu’on ne l’appelloit à la court que Monsieur' simplement , comme fdz ou frère de roy, bien que M. d’Alançon vesquist; ne seroit-ce pas à moy superfluité donc d’en faire des discours, puisqu’il est vraysemblable qu’ayant esté si grand et tenu tel rang, qu’il n’ayt obligé pour le moins quelque bon escrivain qui ayt escril ou cscrive et publie ses louanges l, ainsi que j’en ay veu quelques livretz qui ne sont pas mal faictz, qui font beaucoup pour luy et le nous font cognoistre pour tel grand personnage qu’il est’?
D’autres ont estez faictz contre luy. Mais les autheurs, ce dict-on, ont un peu parlé par passion ; et ne faut pas crovre quelquesfois tout ce que l’on dict et escrist par mesdisances, comme celuy que l’on fit de luy, qui fut le Gavaston ', et l’autre, dont l’on en fît une risée; car, estant faict nouveau gouverneur de Provance, il alla pour y mettre ordre, d’autant que la Ligue le troubloit un peu. Il se fit un livre à Paris par moequerie de luy, qui se vendoit devant le Palais et parmy les rues, comme l’on
1 . Sa vie a été écrite par Guillaume Girard , son secrétaire , 1653, in-fol. Elle a été plusieurs fois réimprimée.
2. Voyez entre autres : Remontrance au roi par un vrai catholique romain, son serviteur fitièle, répondant à la requête présentée par la ligue, contre les sieurs d' Espernon et de la Valette, 1588. La Remontrance et la Requête sont imprimées dans le tome II des Mémoires de la Ligue.
3. Histoire tragique et mémorable de Pierre de Gaverston, gentilhomme gascon, jadis mignon d Édouard 11, roi d Angleterre, dédiée au duc d Épernon , 1388, in-8“. (Voy. la Biblioth. histor.de la France, t. Il, nw 18733-56.)
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en void des crieurs et vendeurs de plusieurs autres ; et s’intituloit lediet livre : Iss hautz faictz, gestes et vaillances de M. d Espernon en son voyage de Provance. Le titre le chantoit ainsi, et estoit très-bien imprimé; mais tournant le premier feuillet et les autres en suivant, on les trouvoit tous en blanc et rien imprimez Les curieux , tant amis qu’ennemis dudict sieur d’Espernon, accouroient aux petitz porteurs de livres, pour voir que c’estoit, et en achapter; lesquelz, voyans le titre, desbourçoient de leurs gibessières pour en faire l’achapt.
Aucuns en voyant le titre, et puis tournant le feuillet, et n’y voyant rien , se courrouçoient contre les vendeurs, disans qu’ilz estoient des abuseurs de monstrer par l’apparanee du titre du livre et rien dedans : eux pour excuses respondoient : « Aussi « n’a-il rien faict, monsieur. Pourquoy voulez-vous « qu’on en imprime rien ? »
Autres, se contentans de la première suscription, sans arregarder dedans, y mettoient leur peu d’argent, et eux, arrivans à leurs logis, pensans faire quelque belle lecture après disner, y trouvoient bianco, et, bien faschez d’avoir si mal employé l’argent de leur baudrier. Aucuns se mocquoient d’eux- mesmes. Autres, plus raquedinares , se despitoient, et maudissoient et M. d’Espernon et son livre et ses gestes, d’y avoir mis et employé si mal leurs pièces, qui leur eussent servy d’ailleurs.
Si est-ce que, nonobstant eeste blancque, plusieurs
1. Suivant de Thou (liv. XXXVII), il y avait le mot rien écrit à chaque page en lettres initiales.
luy donnoient réputation d’y avoir pris une place inexpugnable et imprenable, comme Sorges‘, au milieu de l’hyver, des pluyes, des glaces et neiges, et monté et planté son artillerie pour faire sa batterie en un lieu si inassessible , que c’est tout que pourroient faire les chièvres que d’y aller. Il la prit pourtant, mais avec perte de force bons et lionnestes hommes , tant gentilzhommes que capitaines et soldatz, et à la barbe d’un des braves et vaillans gentilzhommes que j’aye cognu, qu’ estoit M. de Vins, qui luy donna bien des empeschemens, et luy en eust donné d’advantage s’il eust vescu.
En son second voyage qu’il y a faict après la mort de son frère M. de la Vallette, encor qu’il ayt trouvé de braves et gallans hommes, très-vaillans, qui luy ont bien faict teste, l’ayant empesché de prendre les meilleures villes du pays, que, s’il les eust peu empiéter, il ne les eust pas desmordues aisément ; pour lesquelles attrapper, il n’y a rien oublié de toutes les sortes d’industrie ny de main; car il fit entreprise sur Marseille de nuict, par le moyen des pettardz et quelque petite inteligenee qu’on disoit avoir dedans.
Aucuns disoient et croyoient que ce n’estoit que vaine obstentation qu’on disoit l’avoir entreprise, et qu’on dist après, et publia-on par la France que M. d’Espernon avoit osé attenter avec deux mill’ hommes sur la plus renommée et forte ville de la Gaule
1. Chorges (Hautes-Alpes). La ville fut investie par d’Épernon le 1" novembre 1586. Voyez de Thou, liv. LXXXVI.