La France et le Piémont et les deux et les arts
Les soldats et le monde ont fait comme six parts De ce grand Bonivet; car une si grand’chose Dedans un seul tombeau ne pouvoit estre enclose,
La France en a le corps qu’elle avoit eslevé;
Amprès M. de Bonnivet, fut mis en sa place M. le vidasme de Chartres1, et fut couronnel général des bandes de Piedmont, comme l’autre. Il estoit digne certes de ceste charge, voire plus grande, tant pour le lignage, ses grandes richesses, que pour ses vaillances et illustres faictz, qui ont estez telz, que de
Le Piémont a le cœur qu’il avoit esprouvé.
Les deux en ont l’esprit, et les arts la mémoire;
Les soldats le regret et le monde la gloire.
[Œuvres françaises de Joachim du Bellay, 1383, in-8», f° 345.)
Des deux tombeaux en latin nous ne donnerons que le premier :
Si cujus tumulum hic vides, viator.
Hune dicam Æacidæ parem fuisse,
Seu spcctes faciem, decusque format,
Seu dextram indomitam, igneasque plantas.
Qute magno solita est haberi Homero,
Fidem versibus hanc meis habebis.
Atsi magnanimi esse Bonnyved Hune dicam tumulum ; mihi, viator,
Hochoc ipse mihi, ampliusque credes.
(Joachinu Bellaii Andini poematum libn quatuor , Paris, 1548, in-4°; P 59.)
1 . François de Vendôme, vidame de Chartres. v Le 1" janvier 1557, dit Boyvin du Villars, le mâreschal (de Brissac) eut nouvelles de la mort de M. de Bonnivet, colonel général, son cousin germain, le plus gentil, débonnaire, vaillant et gracieux seigneur que je cogneus onc, et le plus favorisé des dames de la cour, aucunes desquelles le menèrent si rudement, parmi les champs qu’il en perdit et l’amble et la vie tout ensemble. Cette perte 1’aQligea infiniment , mais bien plus encore quand il sceut que sa charge estoit tombée ès mains de M. le vicomte de Chartres, et non de M. de Dampville, comme il estimoit; et lequel vidame luy donna depuis beaucoûp de' fascherie par la turbulence de son naturel. y* r ’
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son temps on ne parioit que du vidasme de Chartres; et si on parioit de ses prouesses, on parioit bien autant de ses magnifficences et libérallitez.
Il fut si splandide et magniffique, qu’à ses propres coustz et despans il mena au combat en Italie Artiagues, avec cent gentilzhommes, en poste, tous vestuz d’une mesme parure et fort superbe, tant de la poste que de pied, et chascun une chaisne d’or au col faisant trois tours, car, pour lors, cela s’usoit et parressoit fort, et en faisoit-on grand’ parade.
Cet Artiague estoit un Espaignol qui, ayant querelle contre un autre , et ayant ouy raisonner la renommée de M. le vidasme, tant de ses vaillances que de ses magnifficences, le vint trouver en France et le suplier de vouloir estre son pârrin en un camp ' clos et deffy contre un autre, duquel bonnement ne me souvient du nom, pour n’avoir esté de ce temps, car j’estois trop jeune, mais pour l’avoir ouy dire à gentilzhommes qui estoient du convoy.
M. le vidasme , qui ne reffusa oncques personne de courtoisie ny de gentillesse et libérallité, accorda aussitost la prière de l’Espaignol, et le mena ainsi au combat, avec telle compaignie honnorable. Et luy seul fit les fraiz du cotabat, qui n’estoient pas peUtz ; car, en telles choses, les despans y sont grandz et excessifz, et bien souvant emportent leur homme et l’abbattent, comme j’ay dict ailleurs. En quoy l’Espaignol ne fut pas sot d’avoir choisv un si bon deflrayeur et si vaillant parrin. Aussi pour lors en France, Italie, Espaigne, ne parloit-on que de l’appareil et sumptuosité de ce convoy et voyage.
Qu’on m’aille trouver aujourd’buy de telles per
sonnes sumptueuses et übéralles, et mesmes à l’endroict d’un Espaignol , auquel il n’avoit aucune obli* gation comm’ à un François. Aussi en fit-il de mesmes à Fandilles, duquel j’ay parlé au chapitre des combatz'.
Il fust esté bien plus grand encor, et eust eu plus de moyens à despendre, s’il eust voulu espouser une fille d’une grand’ dame de la court, que je ne nommeray point, qu’ est madame de Valantinois
De plus, se peut-il rien parler de plus libéral, pompeuz et magniffique que les immences despenses qu’il fit en Angleterre, lorsqu’il y fut envoyé en ostage avec messieurs d’Aumalle et d’Anebaut, pour la paix jurée entre le roy Henry et le roy Edouard'? Entr’ autres, il fit un festin au roy et aux dames de sa court, le plus superbe qu’il est possible d’ouyr parler. Les metz estoient servys tous par artiffices si bien faictz, et représentez et aplicquez, qu’on les voyoit venir du ciel, lequel estoit représenté ainsi dans la salle où se faisoit le festin. Cela se peut mieux dire et représenter par paroi! es, gestes, devisemens, que par escrit.
Quand ce vint au fruict des confitures, ce ciel, ainsi si artifficieusement faict et façonné, se mil à esclairer et tonner, gresler de telle façon et tempesle, que dans la salle on n’oyoit que tonnerre et esclairs,