‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 50 sur 270 · C’est-à-dire en passeur. — 3. A l'imprévu · texte numérisé non relu

C’est-à-dire en passeur. — 3. A l'imprévu

COURONNELS FRANÇOIS. 110

thrésorier du duc d’Albe, et quelques marchans d’Anvers, lesquelz il mena dans la ville pour en triumpher seulement, et puis les renvoya en toute courtoisie et honnesteté. En quoy il fut très-hautement loué, tant des nostres que des Espaignolz, qui tous, et principallement le duc d’Albe, luy envoyarent par un trompette le remerciement et mille honnestetez, et les soldatz disoient tous les biens du monde de luy. Certes, ce traict estoit brave et gentil. Je l’ay ainsi ouy conter à ceux qu’ y estoient , et en fairois voulontiers le long discours; mais il faut vacquer ailleurs.

Or, amprès que ce seigneur eut longuement servy son royaux guerres de France en gendarme et en cheval-léger, c’est-à-dire en capitaine de l’une et l’autre compaignie, et après en avoir eu l’ordre de son roy et faict pour ceste cause compaignon et confrère de son roy (voire en fort jeune aage, mais ses mérites l’avoient rendu vieil et meur en cela, car son premier commancement et le plus beau fut à la battaille de Cerizolles), il s’en alla en Piedmont , pour commander à l’infanterie, y succédant à M. de Bonnivet, comme j’ay dict, là où il servit son roy à pied aussi fidellement et vaillamment qu’il avoit faict à cheval, tenant du naturel de Cæsar, qui estoit et bon homme de pied et bon homme de cheval ; ne mancquant d’apporter et hasarder sa vie en tous les lieux dangereux qu’il voyoit estre nécessaire pour son service, ainsi qu’il fit au siège deConis1, pour la se-

1. En 1557. — Suivant Boyvin du Villars, l’échec des Français à Coni fut dû au vidante de Chartres.

conde fois assiégée des François, mais failiy par deux, fois aussi, comm’ estant place seule fée et fatalle en ces pays-là contre la puissance françoise. Aussi qui est la chose qui puisse résister au destin?

M. le maresehal de Termes vint à perdre la battaille de Gravellines et y faict prisonnier, lequel avoit esté constitué par le roy gouverneur de Calais et pays aux environs. M. le Yidasme de Chartres eust sa place, et y fut lieutenant général de Sa Magesté. Durant le temps qu’il y fut , il garda très-bien tout ce qu’on luy avoit donné en charge , et en fatigua fort l’enemy, et eut plusieurs fois revanche de la deffaicte de Gravellines; et de plus lit une très-belle entreprise sur Sainct-Omer 1 2 ; mais elle faillit, et ne tint pas à luy : il s’en faut prendre à ceux qui en furent cause.

Pour avoir ce gouvernement et lieutenance-généralle, il quicta sa charge au feu prince de Condé, duquel il estoit fort proche parent à cause de la maison de Vandosme, de laquelle et l’un et l’autre estoient sortis; mais l’un s’appelioit René1 de Vandosme; et le prince, Louys de Bourbon.

La paix s’en ensuivit du roy Henry et roy Philipe; la F rance mit bas les armes, ce qui fut cause des guerres civiles; car le François ne fut jamais qu’il n’aymast à mener les mains, sinon contre l’estranger, plustost contre soy-mesmes. Aussi le Bourguignon et le Flamant disent de nous que : quand le François dort, le diable le berce.

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