Maltalent, mauvais vouloir
et ses richesses, encor qu’il en eust assez, il sur passoit tout le monde ensemble.
Si dirav-je encor ce mot de ce seigneur, M. le vidasme, que luy, qui avoit servy en son temps tant de belles, grandes et honnestes dames, et assez bien désiré d’elles , il se mit sur ses jours à aymer une More, qu’il ayma et la tint en ses délices, de telle sorte qu’il desdaigna toutes autres beautez et toutes autres dames honnestes, jusques à sa femme', qui estoit une très-honneste et sage dame, estant de la maison d’Estissao, de qui j’estois fort proche. Que c’est, quand une personne se change en un poinct il change aussi en plusieurs autres; ainsi qu’il lit en ses despenses, sumptuositez et superfluitez, desquelles il se retrencha du tout; si bien que de grand et splandide seigneur qu’il estoit paradvant, il ne paroissoit que comme simple gentilhomme, encor qu’il luy restast plusieurs belles et grandes maisons, richesses et moyens pour en faire de mesmes, car, les héritiers , qui en sont venus , en ont eu de trèsbonnes pièces et frians morceaux. C’est asse2 de luy.
Après luy, vint en sa charge de couronnel de Piedmont M. le prince de Condé *, lequel n’eut grand temps ny loisir de faire valoir beaucoup sa oharge, d’autant qu’il l’eut sur le déclin de la guerre , car la paix bientost s’en ensuivit. Si est-ce que, pour si peu
1 . Jeanne d’Estissac. On lui avait refusé la permission de voir à la Bastille son mari avec qui elle avait voulu s’enfermer. Voy., sur l’affaire du vidame, de Thou, livre XXV et XXV’I.