Le manuscrit porte par erreur Biron
COURONNELS FRANÇOIS. 131
et ne fit, comme M. de Taix, tuer ses bons chevaux*, car il voyoit bien que jamais on ne présumeroit de luy qu’il s’en voulust ayder pour s’enfuyr, chascun de l’armée le jugeant très-mal propre pour faire ce traict, et aussi que de son costé il s’assuroit bien de son cœur et sa résolution. Par quoy, cestc baltaiile faicte, et qu’il n’y avoit nulle apparance plus de recombattre en battaille rangée , il monta à cheval pour suivre la victoire, laquelle certes il poursuivit très-bien.
Il y en avoit aucuns qui dirent (et y en peut avoir encor) qu’il ne le devoit pas faire (les Espaignolz seront de cet advis), ains il se devoit tenir tousjours lié et obligé en sa charge, de peur de quelque inconvénient nouveau; mais ce jeun’ homme estoit si ardent aux combatz, qu’il eust mieux aymé de faillir en sa charge par faute d’ordre et debvoir, que de mancquer en aucune faction par faute d’ardeur et de courage qui le menoit : car il faut dire que c’estoit le jeun’ homme qui aymoit autant à mener son espée et en tirer du sang, et un peu trop certes, ainsi que je l’ay veu, et aucuns de nous autres ses amis, qui luy disions; car il estoit trop cruel au combat et prompt à y aller et à tuer ; et aymoit cela jusques-Ià qu’avec sa dague il se plaisoit de s’acharner sur une personne à luy en donner des coups, jusques-là que le sang luy en réjallyssoit sur le visage. Cas estrange pourtant, que ce brave Brissac se monstrant doux par son visage, beau, délicat et féminin, estoit dans le cœur si cruel et altéré de sang.