‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 60 sur 270 · Voyez plus haut, pp. 3 et · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, pp. 3 et

Bien contraire à ce vaillant Strozze, qu’à voir son visage quasi barbare , reffroigné et noiraud , n’esloit guière remply de cruauté , fust ou de ses mains ou par la justice, ainsi que je l’ay cogneu tel; et peu souvant l’ay-je veu commander à son prévost de camp de rigoureuses justices. Mais pourtant il en fit une qui surpassa toutes celles que fit jamais Brissac ; car après les troisiesmes guerres et la troisiesme paix faicte, que le roy se retira à Angers, et que les trouppes qui estoient en Guienne falut qu’elles repassassent la rivière de Loyre par ledict M. d’Estrozze, voyant ses compaignies embarrassées par trop de garces et putains des soldatz, et en ayant faict faire plusieurs bandons de les chasser, et voyant qu’ilz n’en faisoient rien, ainsi que l’on les passoit sur le pont de Cé, il en fit jetter pour un coup du haut en bas plus de huict cens de ces pauvres créatures, qui, piteusement criaus à l’ayde, fuient toutes noyées par trop grande cruauté , laquelle ne fut jamais trouvée belle de nobles cœurs, et mesmes des dames de la court, qui l’en abhorarent estrangement et l’advisarent longtemps de travers. Je sçay bien ce que je luy en dis advant et après ; mais, persuadé et pressé d’aucuns de ses maislres de camp, et mesmes de Cossains, et capitaines, il fit faire le coup; et peus’en falut, si l’on n’y eust mis ordre, que force soldatz, amis de leurs garces, ne s’amutinassent. Du despuis, ledict Strozze s’en repentit fort, comm’ il me dist, s’excusant sur la pollice qu’il faloit observer. Si est-ce que ny luy ny ses autbeurs ne firent guières bien leur proffit despuis; et tout ainsi qu’ilz avoient aymé et pourchassé la mort de ces pauvres créatures , de

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mesmes Dieu leur envoya la leur, qui, bien qu’il deffende tort ce vice de paillardise, il abhorre ce vilain genre de mort ; car possible aucunes se fussent converties et eussent servy Dieu, comm’ il s’en est veu force; et ledict Strozze la paya aussi despuis. Que les maistrcs de camp des Espaignolz fussent un peu allez faire ce traict à leurs Espaignolz î qui leur permettent leurs garces sans leur oser rien dire, autrement ilz révolteroient tout le monde; car ilz les ayment, traictent et chérissent comme princesses, ainsi que je l’ay descrit ailleurs. Quand .le duc d’Albe passa en Flandres pour la révolte, qui les leur permit comm’ ilz vouloient, et la pollice pour elles n’en alla plus mal : aussi s’y sçavent-ilz mieux et plus sagement gouverner que nous autres. Toutesfois ceste cruauté que je viens dire se devoit mieux modérer.

Pour tourner encor à ce brave Brissac, M. l’admirai le voyant tel et si chaud à la guerre (car ordinairement il estoit sur ses bras ou des siens l 2), comme prophétisant bientost sa mort, il dist un jour : « Je « le veux tel et ainsi courageux , car il n’en durera « guières, et bientost nous le perdrons, et ne l’aurons a plus sur nos gens qu’il vient à toute heure fatiguer. » Aussi n’y faillit-il pas; car, estant venu au siège de Mussidan, Monsieur, son général, ne le voulant et tenant ceste place indigne d’y envoyer ses couronnelz ’, tous deux y allaient à l’envy l’un de l’autre ; et le conte s’apprestant pour l’assaut, armé de toutes

pièces, car il ne desdaignoit point aucunement les

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