Brissac et Strozzi
armes, qui estoit signe qu’il en vouloit manger à bon escient, il eut un coup en la teste près les deux yeux, encor qu’il eust son casque très-bas et fust fort couvert; il en mourut.
Un bon soldat périgordin le tua, qui estoit dedans, qu’on appelloit Charbonnière, lequel avoit esté à moy et de ma compaignie, et estoit un des meilleurs et plus justes harquebuziers qu’on eust sceu voir, et ne faisoit autre chose léans, sinon qu’estant assis sur un petit tabouret (et la pluspart du temps y disnoit et souppoit), regardant par une canonnière’, que tirer incessamment; et avoit deux harquebuz à rouet et une à mesche, et sa femme et un vallet près de luy, qui ne luy servoient que de charger ses harquebuz, et luy de tirer, si bien qu’il en perdoit le boire et le manger. Il fut pris; Monsieur, frère du roy, le voulut voir, et pour avoir tué un si grand personnage commanda qu’il fust pendu. J’avois grand’ envie de le sauver (mais je ne peuz, encor que je l’eusse faict esvader une fois par une fenestre, mais il fut repris), bien que j’eusse un trèsgrand regret dudict conte, car je l’aymois bien : aussi m’aymoit-il.
Mais en cela qu’en peut mais un soldat, puisqu’il faict l’office du soldat? Il est bien vray, quand il se vante du coup et s’en gloriffie, un tel despit et une telle vanterie fasehant, et tel mespris ; et pour ce la penderie en est très-bonne, ou le massacre. En quoy le soldat y doit bien estre advisé de ne se vanter de telz coups, car cela vient à conséquance pour luy;