Canonnière , embrasure de canon
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ainsi qu’on dict d’Alexandre, de deux soldatz qui se vantoient d’avoir tué Darius, lesquelz il fit mourir; ainsi que fit le marquis del Gouast, qui fit pendre le soldat qui avoit tué François, marquis de Salusse. Il y a un’ infinité d’autres exemples, tant du passé que des nostres.
On disoit aussi que ce soldat avoit tué l’aisné Pompadour1 auparavant, lequel estoit très-brave et vaillant gentilhomme, et que le conte de Brissac aymoit bien fort : et ledict Pompadour avoit commandé audict soldat, et l’aymoit et l’avoit mené à Madère. Voylà comment nous sommes bien souvant traictez de ceux que nous aymons.
Ainsi mourut le conte de Brissac, certes en tout vray conte de Brissac; et croy que s’il eust vescu, il eust changé de nom et en eust pris d’autre plus grand que de conte, ainsi que je l’ay veu discourir bien souvant parmy nous autres garçons quand nous discourions ensemble. Il ne se projectoit pas moins que d’un royaume, fust en quelque part que ce fust; et avoit résolu d’en conquérir quelcun , fust en Levant, fust en Occident, ou possible dans le cœur de sa patrie, et n’estoit nullement despourveu de dessains et d’entreprises. Bref, il estoit très-ambitieux, et en aucuns lieux où il ne devoit, sans avoir aucun respect à ses amis.
Il avoit aymé mon frère d’Ardelay autant qu’amy qu’il eust. Il avoit résolu, s’il fust sorty du siège de
1. Jean de Pompadour, tué aussi au siège de Mucidan. Il avait fait partie d’une expédition dirigée en 1568 par Pierre-Bertrand de Monluc qui fut tué dans une descente à Madère.
Chartres, de se battre contre luy, ou qu’il quictast l’enseigne blanche du régiment des Gascons dont il estoit couronnel , et avoit esté successeur du chevallier de Montluc1, certes très-digne et gallant jeune homme, qui ayma mieux quicter sa charge que son enseigne couronnelle, ny que d’obévr à d’autre couronnel, puisque tel il avoit esté esleu de son père, et en estoit parly de Gascoigne, comme je le vis. Certes, si mon frère ne fust mort en ce siège, il ne faut point doubter qu’ilz ne se fussent batuz, car il n’eust pas quicté ce qui luy avoit esté donné de son roy, et le tenoit desjà en main. Mesmes que ledict conte me disoit souvant, car il m’aymoit fort : « Il ne faut « point mentir; j’en suis bien marry, me disoit-il; « quand vostre frère sera sorty de là, nous nous bat- « trons s’il ne quicle cela ; » et moy en riant je luy respondois : « Il n’en faut pas doubter ; mais dequoy a vous importe cela? Vous n’avez rien affaire en « France touchant vostre estât ; vous n’estes que cou- « ronnel du Piedmont. »
Mais après je descouvris qu’il avoit gaigné M. d’Estrozzc, et l’avoit faict jurer que jamais il n’y auroit qu’eux deux couronnelz, ny enseigne blanche en France que les leurs; ce que je trouvay très-mauvais à M. d’Estrozze, car il faisoit grand estât de mondict frère, et luy estoit oblige; et je sçay bien ce que j’en dis audict sieur Strozze. Or ny l’un ny l’autre
1 . Jean de Monluc , troisième fils du maréchal , chevalier , puis commandeur de l’ordre de Malte. Il embrassa l’état ecclésiastique et reçut (1571) l’évêché de Condom dont il se démit avant d'avoir été sacré.
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n’eurent pas grand peine d’en querellêr- mondiet frère , car il mourut à Chartres très-vaillamment et honnorablement, y ayant esté tué pour le service de son roy et la protection de sa place, qui luy avoit estée donnée en garde soubz le commandement de M. de Lignières1 2, lieutenant du roy léans, très. vaillant et très-sage capitaine.
Or il ne se faut esbayr si M. d’Estrozze fit ce traict à mon frère, auquel, comme j’ay dict, estoit obligé, puisqu’il en fit un pareil à son beau-frère , M. le conte de Tande', certes très-digne, vaillant et sage capitaine, et qui avoit servy très-fidellement et vaillamment le roy aux premières guerres en Provance : pour lors ne l’appelloit-on que M. le conte de Sommerive, car son père le conte de Tande n’estoit pas mort. Ce M. de Sommerive en ceste troisiesme guerre emmena au roy trois mil hommes de pied provançaux, aussi braves soldatz et aussi bien armez que l’on eust sceu voir; et portoit l’enseigne blanche, et entra ainsi dans le camp. Qui fut despité? Ce fut le conte de Brissac. Et ayant gaigné M. d’Estrozze, pour serment faict dès long-temps entr’eux, en fit parler au conte de Sommerive, le remonstra à son général, luy en demandant raison, et qu’il ne pouvoit plus supporter à sa veue le drappeau blanc. Pour tout, ayant esté remis de jour en jour, et ne pouvant plus patienter, il envoya un jour l’un de ses maistres de camp, qu’on appelloit le gros La Berthe, appeller