Voyez plus haut p. 137, note
leur qu’ilz estaient; enfin, j’en vis faire tant de disputes qu’elles seroient trop longues à escrire : je m’en remetz à ceux qui les ouyrent, estant de ce temps là, ou qui les peurent ouyr alléguer. Lediet Sarlabous enfin quicla ce drappeau blanc : ainsi la raison le vouloit de luy, mais non du conte de Sommerive, disoit-on lors.
Voylà les ambitions que ce brave conte avoit en ces choses là, qu’il y pouvoit bien avoir, puisqu’il volloit bien plus haut; mais il ne vouloit rien laisser passer devant luy qui luy toucbast le moindre scrupule de son honneur. •
Certes, s’il eust vescu il fust esté un très-grand personnage, très-grand, dis-je, en toutes façons. Outre ses belles vertuz et vaillances de guerre, il avoit de très-belles parties de courtisan, pour bien parestre en tout. Il estoit très-beau, et avoit le visage féminin, et si pour cela il estoit homme en tout; il avoit sa mine fort douce.
J’ay veu que tout un temps, en son jeune aage, nous l’appellions pigeon, d’autant qu’il avoit sa petite façon douce et bénigne comm’ un pigeon. II sçavoit toutes sortes d’exercices , et en tous il estoit fort addroict, comme à bien tirer des armes, qu’il avoit appris du Jule, Milannois, au commancement, et puis rendu parfaict par Aymard, enfant de Bourdeaux, qui, pour avoir demeuré dix ans en Italie, n’avoit son pareil. Il jouoit fort bien à la paume; il estoit bon à la lutte, encores qu’il se monstrast très-foiblet; mais il sçavoit l’addresse, si bien qu’il emportoit par terre de plus grandz, plus hautz et plus robustes que luy; et en avoit appris l’addresse d’un Ferrarois
COURONNELS FRANÇOIS. 141
qu’on appelloit Cole, qui estoit venu à la court de France exprez pour s’esprouver, dont on n’en vist jamais un pareil , et n’en desplaise aux Bretons , car il portoit par terre tant qu’il en venoit, tant il estoit addroiet; et avoit ainsi dressé ce conte.
Il dansoit des mieux qu’on n’en avoit veu à la court jamais; car, outre la disposition très-grande qu’il avoit, il avoit la plus belle grâce que jamais courtizan despuis nul n’y a peu attaindre, fors le jeune La Molle, ainsi que je l’ay veu juger à seigneurs et dames de la court; encor La Molle n’y advenoit qu’assez près. Et n’ estoit ledict conte propre poux' une seule dance, comme j’en ay veu aucuns nez et addroictz, les uns pour l’une, les autres pour l’autre; mais ce conte estoit universel en toutes, fust pour les branles, pour les gaillardes , pour la pa vanne d’Espaigne , pour les Canaries 1 2 ; bref pour toutes.
Il me souvient qu’après la seconde guerre civile , et durant la petite paix , le roy Charles vint à estre mallade à Madrid *. Un jour, après qu’il eut disné, il commanda à tout le monde de se retirer, puis commanda à messieurs d’Estrozze et Brissac de demeurer; à M. d’Estrozze il luy fit donner un luth par Losman, jeun’ homme chantre de sa chambre et très-bon joueur de luth, et dist audict M. d’Estrozze qu’il en jouast, car c’estoit le seigneur et gentilhomme de France qui en jouoit des mieux; et puis commanda
1 . a En cette danse des Canaries , dit le Dictionnaire de Trévoux., on s'approche et on se recule les uns des autres, en faisant plusieurs passages gaillards, étranges et bizarres qui représentent des Sauvages, »