‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 66 sur 270 · Au château de Madrid, construit par François Ier · texte numérisé non relu

Au château de Madrid, construit par François Ier

à M. de Brissac de danser soubz luy, qui n’y faillit point, car ce prince sur tout vouloit estre fort obéy : si bien que l’un et l’autre ne faillirent de jouer et danser, et principallement la gaillarde et les Canaries, qui pour lors avoient grand’ vogue. Le roy y prit son plaisir, et à tel spectacle et à telle ouye assez longtemps, et puis il dist à aucuns que nous estions là, mais fort peu (et le roy m’avoit commandé de demeurer entre autres capitaines et gentilzhommes que nous estions peu là restez) : « Voylà comme « après que j’ay tiré du service de mes deux couron- « nelz à la guerre, j’en tire mon plaisir à la paix. » Et certes il avoit raison, car c’estoit une belle chose de voir ces deux couronnelz si parfaietz en deux telz divers exercices.

Quand aux vertuz de l’ame de ce conte, il estoit sçavant, et lisoit tousjours peu ou prou. Il parloit bien, et concepvoit en soy de grandz discours et dessains.

Il aymoit l’amour, et la faisoit fort gentiment et excortemenl. Il ayma à la court une très-grande dame, princesse vefve, certes une très-honneste et belle dame. Elle luy fut implacable, d’autant qu’elle ne se vouloit remaryer ; et luy, pour avoir son cœur Irès-haut, ne tendoit pas à moins qu’à un très-haut et grand maryage ; et aussi que ceste dame, abhorrant par trop le sexe masculin et par trop aussi aymant le sien, adhérait et aymoit un’ autre grande dame, et ceste grande dame estoit esperduement amoureuse d’elle ; si que le conte , désespéré du fruict de son amour, avoit un jour résolu d’escalier1 en pleine

Page 1