Jean des Cars
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premier les nouvelles de la routle de Sainct-Quantin. Aussi ne fut-il pas bien venu, ny M. du Kubempré, qui porta les nouvelles aussi de la battaille de Gravellines. J’estois lors à la court quand ledict Brissac y arriva. Plusieurs pour cela luy en voulurent prester des cliaritez, comme je vis, et de quoy principallement il faisoit le rapport le premier, et devoit laisser l’ambassade à un’ autre, comme je le viens de dire.
M. de Guyze, qui m’a faict cet honneur de me vouloir tousjours bien, me prit par la main ceste fois, et me mena en la ruelle du lict de la reyne, à Sainct-Mor, et me dist : « Voycy ce jeun’ homme à « qui on veut prester une charité de court ; je ne le « veux permettre, car j’ay tant aymé son frère que a je veux prendre la parolle pour luy, ainsi qu’il en a donne beaucoup de subject d’avoir très-bien faict. « Il a combatu très-vaillamment; Cæsar n’eust sceu « mieux faire, ny son frère quant il fust esté. Il n’a « failly que pour estre venu en France et icy, le pre- « mier, porter les nouvelles de sa routte, et devoit « rechercher le reste de son armée et la r’assembler. « Ce n’est que la faute de quoy il n’est pas encor « bon courtisan, ny pralic. Par quoy qui en parlera « il luy faut clorre la bouche. » Et puis me dist : « Ne pie voulez- vous pas ayder en cela? » Alors je luy respondis qu’une sienne parolle des siennes foudroveroit plus tous ceux qui en parleroient, que moy pour toutes celles que je sçaurois alléguer ny rapporter. M. le conte qui vit aujourd’huy* se pourra
1 . Le comte Charles de Brissac qui , comme nous l’avons dit, ne fut créé duc qu’en avril 16H .
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souvenir s’il ne trouva pas là M. de Guyze bon amy, encor qu’il n’eust grand’ peine de le favoriser; car la reyne et toute la court sceurent après bien au vray comm’ il avoit très-vaillamment combatu, et faict très-bien en capitaine et soldat. Il se peut souvenir ce que nous en dismes un jour, luy et mov, en allant voir en ce lieu mesme M. du Mayne qui estoit mallade, en montant un degré; et me' dist qu’il voudroit avoir donné beaucoup et que je fusse esté là; possible M. d’Estrozze fust esté mieux secouru, et ne luy eust si mal basté.
Partout où il s’est trouvé il a tousjours monstré qu’il avoit le cœur très-généreux et vaillant, comm’ il a faict en ses guerres ; mais il y a esté malheureux , ou pource que la fortune ne le vouloit du tout faire esgal à son frère, ou qu’il n’eust pas ses gens près de luy comm’ avoit son frère, qui eut cet heur, tant qu’il a vescu, d’avoir de bons capitaines et soldatz à luy; desquelz s’il en eust veu aucuns le moins du monde lentz et reflroidys, il leur sçavoit très-bien reprocher et menasser; car en guerre il commandoit fort impérieusement et hautement. Non que je veuille taxer et dire que ce conte n’ayt eu de vaillans hommes auprès de luy, mais en ces guerres civiles on s’est tant aydé de toutes sortes de gens, et n’en a l’on peu faire les eslections comme l’on eust bien voulu; et parmy force braves et vaillans ont passé tant de mauvais, par bardot, que c’est pitié. Si estce que ce conte monstra bien dernièrement à Poitiers, dont il estoit gouverneur pour la Ligue, combien il avoit de braves hommes et comme il en fut bien assisté, et combien il estoit brave et vaillant; car
M. de Malicorne1 2, lieutenant de roy en Poitou, ayant assemblé toutes les forces de Poitou, qui estoient belles et grandes, et ayant avecqu’ elles comparu devant la ville (aucuns disent que c’estoit pour un’ entreprise, mais faillie), M. de Brissac sortit dehors avec forces si peu esgalles aux autres qu’on n’oseroit dire, et fit une si belle charge, luy le premier, et s’y mesla si advant et si vaillamment, qu’il y fut fort blessé en un bras d’une pistollade, et porté par terre; et sans un vaillant gentilhomme qui l’ayda à monter, il estoit pris ou perdu, et puis se retira avecques sa trouppe, laissant en doubte le gaing du combat; car et d’un costé et d’autre il y en demeura, et mesmes un capitaine de chevaux-légers , nommé Espanes*, autrement le jeune Bougoin, que M. de Savoye avoit nourry, à qui madame de Dampierre ma tante l’avoit donné, au moins à feu madame sa mère, qui aymoit madicte tante extrêmement; et parce qu’il luy appartenoit elle l’avoit recommandé à monsieur son filz, qui pour ce le prit en telle amitié, que s’il eust demeuré auprès de luy tousjours, il eust advancé plus sa fortune qu’en une simple compaignie de chevaux-légers. En quoy il ne fut pas sage, car, là où est la bonne fortune , là il la faut prendre sans respect de rien , comme l’on dict : Là où la chièvre est attachée, il l'y faut laisser brouster. On dict que ledict conte et luy s’affrontarent tous deux, et assez de temps se
1. Jean Chources de Malicorne. Le combat en question, où les ligueurs furent défaits, eut lieu le 10 août 1591. Voyez, à cette date, d’Aubigné, Histoire universelle, liv. III, ch. xu.
2. Espane « à qui l'honneur de cette journée appartenait, » dit d’Aubigné.
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combatirent bien ensemble; tant y a que l’un et l’autre y acquirent beaucoup de réputation; mais l’un mourut quelque jour après, et le conte eschappa de sa blessure1 2 3.
Il a faict en ce gouvernement très-bien la guerre, et bien servy son party, qui pour ce le fit mareschal de France et gouverneur de Paris1, où il a conduiet sa réduction au service et obéissance du roy, si sagement et excortement avec M. le prévost des marchans et aucuns eschevins, que jamais on n’ouyt parler d’un tel cas : prendre Paris qui est un petit monde d’hommes, et outre renforcé de garnisons espaignolles, braves, vigillantes, vaillantes et bien ordonnées, le peuple bandé du tout contre son roy et luy voulant mal mortel, et la faire rendre et prendre à son roy sans sang, sans sac, ny sans scandalle le moindre du monde. Parce que c’est une chose bien ressente, publiée et divulguée par toute la chrestienté, voire toute l’Europe aujourd’huy, je m’en déporte d’en parler, sinon qu’il y en a plusieurs qui ont loué le conte beaucoup, tant pour ce beau traict que pour avoir à la fin recogneu son roy et luy faict un si bon service, encor que le roy l’eust tenu et pris prisonnier dans Fallaize auparavant*, et ne luy eust faict tant de bons traictemens comm’ il eust voulu, en le mesprisant fort ceste fois, voire luy disant quelques parolles de charité et d’oprobre, ce disoit-on