‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 72 sur 270 · Compatible , sociable, facile à vivre · texte numérisé non relu

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COURONNELS FRANÇOIS. 153

Piedmont; pour le moins la met-il tousjours en tous ses titres et passeportz en ces guerres. Il a raison, certes, de ne le quitter, car il est très-beau; mais le malheur est que nous ne l’avons plus ce Piedmont ; nous l’avons perdu, j>or mal aventura, diet l’Espaignol. Encor de toute sa belle et riche despouille nous restoit le marquisae de Saluées, où l’on y pouvoit et devoit-on entretenir tousjours les vieilles bandes piedmontoLses. Mais, pour avarice ou nonchallance, disoit-on, ou pour autre subject, ce pays s’en trouva desgarny : et là-dessus ce grand duc savoysien y prenait l’occasion, et le voyant si mal gardé, l’empiéta et le garda très-bien pour lui’; dont la perte nous en rapporte plus grande conséquence que l’on ne pense. Nostre roy d’aujourd’huy, le grand, pourtant en ha bien eu sa revanche; car il l’a contrainct jusques-là de luy donner la Bresse en récompanse, autrement il s’en fust mal trouvé. Ce pays là de Piedmont, le temps passé, s’appelloit l’escolle de la noblesse et jeunesse de la France; mais aujourd’huy il n’v faut pas aller, ny passer les Alpes, pour y apprendre les leçons de la guerre ; car à nos portes les escolles y sont assez ouvertes pour y exercer les jeunes gens. Nos guerres civiles leur en ont osté le mestier et la pratique; car les vieilles bandes du Piedmont, ny les vieux soldatz, n’ont point faict de honte aux nostres de deçà.

Je me souviens qu’aux secondz troubles, M. de

1. Charles-Emmanuel s'empara en novembre 1588 du marquisat de Saluces, dont le traité de Lyon (17 janvier 1601) lui assura la possession en échange de la Bresse, du Bugey, du Valromey et du pays de Gex qu’il céda à Henri IV.

Nevers en emmenant aucunes de là en l’armée de Monsieur, dans laquelle ilz s’y jettarent à Vitry-le- Bruslé, Monsieur les voulut aller voir ; et pour luy faire honneur luy firent une salve fort belle et se mirent entr’eux à faire quelque petite escarmouche, à la mode du temps passé du Piedmont; mais, il ne faut point mentir : tous dirent qu’ilz n’y procédoient si gallamment, ny ne parurent si gentiment comme nos bandes de deçà, encor qu’ilz vinssent de quelques sièges que M. de Nevers a voit faictz, et mesmes sur JVtascon1 2, qu’il emporta aveequ’une très grande gloire; car il y avoit force gens de bien huguenotz dedans, et pour leur gouverneur le sieur de La Cliète’, brave et vaillant gentilhomme, vieux et gallant courtisan, de bonne et grande maison, d’où estoit sorty d’autresfois le bastard de La Cliète, qui fut jadis lieutenant de cent hommes d’armes de feu M. de Bourbon, connestable de France; ce qui fut un grand honneur à ce bastard ; et faut bien dire qu’il fust brave, vaillant et en belle estime, pour avoir telle charge si belle. M. de Muns, bon capitaine et vieux soldat, en estoit maistre de camp; et le capitaine La Rade, brave et gentil soldat, enseigne couronnelle.

Ceste susdicte escarmouche, ny la salve, ne pleurent trop au conte de Brissac leur couronnel, et ne les trouva à son gré, ny mesmes les soldatz si lestes que les nostrcs; et luy vis dire que dans peu de jours il leur fairoit bien changer de cadence et les r’abilleroit. Voylà comment l’escolle du Piedmont s’estoit

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