Cabron, mot espagnol qui signifie bouc
COURONNELS FRANÇOIS. 137
est une chose si douce. Mais l’on me dira : « Qui a ruyné les François aux royaumes de Scicille, Naples et Lombardie, sinon les amours que les François faisoienl aux dames? » Ouy, cela est vray ; mais e’estoient des insolens et indiseretz, qui ne sçavoient présenter leurs services aux dames qu’à la grossière mode, et en tirer des jouyssances si indiserettement que les hommes en perdirent patience. Mais qu’on advise despuis au Piedmont si telz scandales sont arrivez, bien que les François fissent d’ordinaire l’amour aux dames, mais c’estoit avec toutes les belles discrétions du monde, tous respeetz, toutes belles servitudes, humilitez et libertez: car, en servant ainsi une dame, et qu’elle me veuille gratifïier de mon service, qui est-ce qui m’en pouiroit reprendre, si ce n’estoit sur le faict? Ainsi que j’ay veu les François les bien servir à Turin et autres places, comme à Mondevy, les belles et gentiles darnes de la place , qu’on nomme là ainsi, pour estre logées tout à l’entour de la place. A Cazal aussi, j’y ay veu qu’il y faisoit bon.
Voylà comment nos François se rangearent gentiment soubz les lois de l’amour honneste : aussi avoient-ilz un général, qui estoit M. le mareschal de Brissac, qui avoit d’autresfois sceu si bien servir les dames à la court, là où est toute honneste discipline de l’amour, qui voulut que de mesmes on les servist en Piedmont; dont luy-mesmes en donna l’exemple à sa belle maistresse , la signore Novidale , l’une des belles dames du Piedmont, qu’il servoit et l’honnoroit comme une princesse; et en eut d’elle une très-belle fille et semblable à sa mère, qu’on appella madame
Novidale', estant religieuse; et despuis est abbesse d’une abbaye en Anjou, ou en Bretagne, comme j’ay ouy dire.
Or je fays fin, en disant que ce conte de Brissac a faiet le dernier couronnel des bandes de Piedmont; et eroy que, si Dieu ne nous ayde, que jamais plus n’y en verrons, sinon par fantasies ou apparances, ainsi que despuis peu le roy a faiet M. d’Espernon couronnel du Piedmont encore, et en a un régiment qu’on appelle régiment de Piedmont, dont je m’estonne qu’on n’y mette encor le régiment de Milan, de Naples, de Toscane et Corsègue, pays, terres et réaumes que nous avons longtemps tenuz; car nous y avons autant en l’un qu’en l’autre : et si ne sommes pas prestz d’y estre, ny de reconquérir ces pays, parce que quand nous les conquismes nous en eusmes bon marché, et les places n’estoient si fortes de beaucoup, comme nous les avons rendues du tout imprenables, si ce n’estoit qu’il y eust en France une demye-douzaine de messieurs d’Esdiguières pour les reconquérir, voyre la duché de Milan : lequel despuis peu’ a faiet grand peur au Piedmont; mais cela n’a duré guières, car il y a tout perdu par la division des serviteurs du roy. Je croy que s'il n’eust eu affaire ailleurs et n’y fust esté appellé, il luy eust faiet la peur entière, tant il est grand capitaine, et encor s’est- il faiet demander trefves. Quel honneur à luy !
Or, pour fin encor, voylà tous les couronnelz du Piedmont, despuis qu’ilz y sont estez introduietz, desquelz j’eusse parlé et de tous les autres, plus