‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 76 sur 270 · En 1330. — 2. II en sera question plus loin · texte numérisé non relu

En 1330. — 2. II en sera question plus loin

homme Jehan de Turin, n’oublyant rien de son ancienne guerre et ne succombant au faix de la vieillesse, estant à la guerre en Corsègue, il fut tué misérablement par un des nostres, ainsi qu’il vouloit envitailler Sainct-Florant; mais aussitost le soldat fut passé par les picques, encor qu’il ne l’eust j>as faict à son escient, tant estoient despitez les capitaines et soldatz de la mort d’un si vaillant homme.

Pour fin, Parme n’avoitgarde d’estre prise ny forcée, puisqu’il y avoit tant de braves et de vaillans généraux dedans. L’un estoit le duc Octavio, prince et duc de ladicte place et de Plaisance, et M. de Termes, et deux si vaillans couronnelz, l’un de pied, l’autre de cheval, à ce que j’ay ouy dire à plusieurs vieux capitaines et soldatz. Mondict sieur d’Estrozze aymoit l’infanterie plus que la cavallerie, et s’y plaisoit plus en faire l’estât.

Luy estant lieutenant de roy en Toscane, et pressé par le marquis de Marignan vers l’Apennin de Florence, et mesmes pour les vivres, dont au devant de luy il avoit le fleuve d’Arno, qui estoit si impétueux qu’il donnoit terreur de le passer, voire de le regarder, toutesfois ce seigneur, ayant recognu un endroit où il pouvoit avoir le moins d’eau, et l’ayant par deux fois luy seul essayé, mettant pied à terre y estant arrivé, se mit le devant ; et passa toute son infanterie à gué, saine et sauve, sans en perdre aucun, ayant mis pourtant deux grosses aesles de cavallerie entre deux, pour rompre le fil et le torrent de l’eau. C’est un beau traict et de capitaine romain : voylà à quoy luy servit ce qu’il en avoit leu autresfois.

C’estoit l’homme du monde qui estoit plus digne

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de loger un’ armée, lust en leur assiette de logis, fust en campaigne pour battaille, et qui arangeoit et qui ordonnoit mieux les batlailles et battaillons en toutes formes, et le plus soudainement, et qui les sçavoit mieux loger et à son advantage. Aussi dans les armées royalles, bien souvant a-il esté prié de son roy de faire estât de maistre de camp et de maresebal de camp, au voyage de Cambray et Vallanciannes; ce qu’il faisoit voulontiers, tant pour gayetté de cœur que pour plaire à son roy.

11 n’aymoit nullement les soldatz de sa nation , et ne les estimoit pas, ainsi que ce grand marquis de Pescayre en faisoit de mesmes. Car, bien que ses prédécesseurs 1 fussent venus d’Espaigne, et luy né au royaume de Naples, il maudissoit l’heure algunas uezes, de que sus antepassados habian tomado, y ello mismo, leche en Italia , que producia soldados que fussen tan para poco ; por quales palabras se gano segreto odio entre Italianos ; a quelquefois de quoy ses prédécesseurs, voire luy-mesme, avoient pris du laict en Italie qui produisoit de si mauvais soldatz; pour lesquelles parolles il en engendra une segrette hayne entre les Italiens. » Ces mesmes propos sont ainsi escritzen sa vie'. Son père, Allonso d’Avalos, faisoit le contraire, voire les hayssoit.

Ce marquis, luy italien et né en Italie , il les desdaignoit tellement qu’il ne parloit jamais à eux qu’en espaignol’ : ce qui le faisoit de l’autre costé aymer

1 . Ses prédécesseurs, c'est-à-dire les prédécesseurs du marquis de Pescaire.

•2. Dans Vallès. — 3. Ibid., P 17.

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des Espaignolz; aussi l'adoraient- ilz. L’empereur Charles ne les ayma guières non plus, et s’en desgousla fort à son premier voyage de Hongrie , où y ayant laissé quelques régimens italiens que le Gouast et le cardinal de Médicis y avoient menez, n’y voulurent demeurer, ains se desbandarent et s’en tournarent tous. Toutesfois à ce grand assaut de Sainct-Disier, qu’il y perdit environ cinq cents Espaignolz , ils se repentit fort qu’il n’eust amené en ceste guerre quelques régimens italiens pour ayder * aux Espaignolz aux assautz et prises de villes, qu’y eussent peu servir. Mais aucuns disoient qu’il ne les souhaitoit, sinon pour participer à humer la fricassée que ces pauvres Espaignolz avoient tous seulz humée et mangée. Si en eut-il quelque bonne opinion à Duren, où il les vist bien faire, Et certes il y a parmy eux de bons soldatz, et l’Italie en nourrist et produiet beaucoup d’aussi bons que jamais : mais d'y en avoir ordinairement et communément, comme sont les François et Espaignolz, je dis pour bien faire la guerre, il n’y en a pas. Aussi ay-je ouy dire que le pape Paulo Carrafle, lorsqu’il estoit à demy assiégé du duc d’Albe, et que les François de Toscane l’allarent secourir, un joui’ les voyant entrer en garde dans Sainct-Pierre , se plaisant à les voir, il se mit à dire : Questi Franccsi gasconi parescono reri instrumenti mandati da Dio per far guerra: « Ces François « gascons paraissent de vrayz instrumens envoyez « de Dieu pour faire la guerre. » Ce n’est pas peu de louange, puisqu’elle vient du plus grand homme de la chrestienté.

M. d’Estrozze estoit de cette mesme opinion; et

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ay ouy dire qu’il eust fort désiré parler bon gascon pour parler aux soldatz gascons , et en trouvoit le langage fort soldadesque.

Or ce seigneur n’estoit tant addonné pourtant à l’amour de l’infanterie qu’il n’aymast la cavallerie, mesmes qu’il se délectoit à avoir de beaux chevaux. 11 s’est veu pour un coup avoir vingt pièces de grandz chevaux , les uns plus beaux que les autres ; et le seigneur Hespani les luy gouvernoit, qui estoit son escuyer; et, despuis la mort de son maistre, M. de Guyze le prit à son service. Il tenoit quasi tousjours ses chevaux à Seme, qui est un fort beau chasteau et belle maison près du Port-de-Pilles qui avoit esté à M. de Taix et M. le mareschal l’avoit encor mieux accommodée, où il se tenoit pour l’amour d’une dame vefve et belle qui estoit là auprès, de laquelle il estoit fort amoureux; car le bon seigneur, encor qu’il semblast, par son visage rubarbaratif ’, furieux et austère, si estoit-il à l’amour subject aussi bien qu’un autre; et y a-il une très-grande dame ‘ par le monde qui ne l’a pas hay, mais fort aymé ; et estoient parens ; et aymoit la femme d’autruy autant que la sienne, voire plus.

Sur quoy j’ay ouy faire ce conte à son filz, que quand il espousa la sienne *, qui estoit fort belle, aymable, sage et honneste dame, de la maison de Médieis, fort proche de la reyne mère, il luy portoit avant telle ardeur d’amour que l’espace d’un mois

t . Dans le département de la Vienne , arrondissement de Cliâtellerault.

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