‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 94 sur 270 · Canton , coin · texte numérisé non relu

Canton , coin

2, Mcry de Barbezicres, seigneur de Chemerault, chevalier des ordres du roi, marié à Claude de l'Aubespine, mort le K mai 1609.

COÜRONNELS FRANÇOIS. 189

garde ne prist allarme. Cependant nous arrivasmes, et sortismes si excortement, que jamais ne s’ensuivit aucun bruict. MM. les maresehaux de Montmorancy et Cossé estoient sur le haut des tours de La Bastille, prisonniers, se pourmenans, qui advisoient le jeu et eussent fort voulu, comm’ iiz dirent despuis, que ce fust esté pour eux. Quand nous fusmes au Petit Sainct-Anthoine ', nous fismes alte ; la plus grand’ part s’en retourna dans la ville , voyant qu’il n’y avoit plus de danger, dont j’en fus un de ceux-là, à cause de ma fiebvre ; et en disant tous adieu audict sieur de Ëussi , il me pria tout haut par sus tous , comme son bon cousin, que quand je serois au Louvre, que • je portasse la parolle pour luy : « Qu’on avoit faict un affront à Bussi, dont il s’en ressentiroit avant que mourir, et bientost, contre quiconque fust, et qu’on se guardast de luy; » et puis me pria de porter ses humbles recommandations à une dame de laquelle il portoit deux faveurs sur luy, l’une à son chappeau et l’autre à son col, car il portoit un bras en escharpe, et que les faveurs seroient bien cause qu’il en tueroit quelques uns avant qu’il fust longtemps, et que l’affront qu’on luy avoit faict seroit vangé par plus de sang qu’on ne luy avoit voulu faire perdre. Je ne faillis de dire le tout et m’en acquicter, comme je luy avois promis.

Despuis , il ne comparut à la court que quelques années après, que Monsieur eut faict son accord avec le roy, qui avoit les armes contre luy. Monsieur se

1 . Couvent situé rue Saint-Antoine et qui était habité par des hospitaliers de l’ordre de Saint- Augustin.

tint à sa court mieux que devant, en bonne union avec luy; Bussi y vint aussi trouver son maistre, qui*, ne se pouvant contenir et portant envie à M. de Quiélus, grand favory et aymé de son roy, falut qu’il se prist à luy, et le querellast ; mais le roy leur fit commandement à tous deux sur la vie de ne se demander rien. Par cas, au bout de deux jours, M. de Bussi, tournant des Tuylleryes, monté sur une bonne jument d’Espaigne, ayant le capitaine Rochebrune, de Lvmosin , avec luy, près la Porte-Neufve sur le quay, se rencontra à M. de Quiélus, qui alloit d’où il venoit, accompaigné de M. de Beauvais-Nangi et deux autres. M. de Quiélus, le voyant en beau jeu, perdit patience , et oublia le commandement de son • roy, ou plustost s’assurant de son vouloir, chargea M. de Bussi, qui, voyant la partie toute faicte sur luy (car il le voyoit venir le long de ce quay), bravement se desmesla d’eux et gentiment se sauva, et s’en alla au pont Sainct-Clou , où de' là escrit une très-belle lettre au roy. La substance est qu’il mande l’affront que Quiélus luy a faict, et s’en plainct à luy, ne luy demandant autre justice ny raison, sinon qu’il le supplie de vouloir pardonner audict Quiélus et luy donner grâce, d’autant qu’il a viollé son commandement, et pour ce est criminel, et, estant tel, il ne le veut ny peut combattre, car il se fairoit tort, pour le peu de gloire qu’il y auroit; mais, ayant esté pardonné de luy et en sa grâce et remis de son crime, alors il le combatra sans aucun scrupulle, car résollument il faut qu’il se combatte contre luy. Le roy

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