Pajs, campagne
tement punissables, et les doibt-on descrier comme putains des bourdeaux, d'autant que leurs beautez, encores qu'elles soient passables, n'ont de quoy à s'estendre sur plusieurs, et qu'estans privées il faut qu'elles se ressarrent en privé, et ne soient point communes comme les autres, et se contentent de donner l'aumosne à ung, sans se ruiner, ou de réputation, ou d'escandalle, ou d'honneur, en donnant à tous ceux qui se présentent à leur porte.
Voylà ce que disoit ce grand seigneur. Sur quoy il me souvient qu'estant une fois aveq' une lionneste et très-grande dame* allé voir des tableaux d'ung paintre, nous yen vismes ung très-beau, où il y avoit une Fortune, d'ung costé, painte assise sur une pomme ronde et roulante, et de l'autre une Yénus sur une pierre carrée et ferme. Il y eust une de ses dames qui dict : « Voylà deux tableaux qui « parlent bien à nous, car, tout ainsin que l'un rew présente par ceste pomme ronde l'inconstance de oc la Fortune, aussi l'autre, par la pierre quarrée et « ferme de Vénus, elle nous aprend à nous autres « dames d'estre bien fermes et asseurées en amours, « sans les rouler et changer à tous propoz. » Ce qu'oyant ceste grand' dame, cuydant bien que cette pierre estoit jettée en son jardin, se tomniant luy dit : « Cella s'entend pour vous autres, mesdames, a qui avez de ces beautés communes, mais non pas « pour nous autres qui avons les nostres fort dissem- « blables aux vostres. » Par ce discours en forme de digression se peut excuser aisément ceste reyne Je-