Cornice, corniche
reyne Jehanne se monstre fort belle et de grave majesté, vestue fort pompeusement soubz son manteau royal , semé de fleurs de lys ; et y a près d'elle quelques autres honnestes dames vestues à la franceze, à leurs pieds ; et sont ces vers escripts :
Qui populos hello tumidos^ qui clade tyrannos Peî'cutit^ intrepidus çictor ter^raque ?narique, Lux Italum, regni splendor clarissimus, hic est ; Cui tanto lacjymis soror illustrissima fratri [Heu^ Ladislaus decus altinn et gloria regum!) Defuncto pulchruni dédit hoc regina Joanna. Utraque sculpta sedet majestas ultima regum^ Francorum soboles^ Karoli sub origine primi *.
La traduction est telle :
Celluy qui, sans peur, a subjugué par guerre les peuples plus mutins et ruyné les tyrans, victorieux par mer et par terre, la lumière des Italiens, et la splendeur esclatante du royaume , gist icy, le roy Ladislaus , l'honneur et la gloyre des roys, à qui la sœur très-illustre, la reyne Jehanne aveques de grandes larmes et regretz, à ung tel digne frère mort a dressé ce monument. Les Majestez de l'un et de l'autre entaillées sont icy assizes, qui ont finy la dernière race des roys françois, soubz l'origine du roy Charles premier.
Le tout est soustenu de quatre couUomnes de mar-
1 . Le texte de cette épitaphe, tel qu'il est rapporté p?.r le manuscrit, renferme plusieurs fautes que les précédentes éditions ont fait disparaître. Elle est reproduite dans le Voyage d'un Français en Italie, de Lalande (tome VI, p. !291), qui la donne comme étant de Siinnazar, dans les œuvres duquel je ne l'ai point trouvée.
bre pareil, par où on peut passer dessoubz, contre lesquelles sont appuiëes quatre collosses de femmes, sçavoir est les quatre Vertus principalles.
Voylà le beau devoir et office pie que fist la sœur à son frère Ladislaus, qui fut roy devant elle : et luy mourut pour aymer une fort belle fille d'un médecin, lequel, aposté et gaigné par les Fleurantins pour le faire mourir, donna à sa fille un certain unguent, luy persuadant que si elle s'en frottoit sa nature sur le point de la besongne, que l'amour que luy portoit le roy luy croistroit, et jamais ne l'abandonneroit. La pauvre fille creust le père, convoiteuse d'avoir l'amour immortelle du roy; et s'estant frottée dudict unguent, mourust incontinant : et le roy s'en sentant aussi bien fort touché, ne la fist guières longue amprez ^ Voylà une mort estrange ; mais plus est-elle celle d'une dame de France, de fort belle maison, que j'ay cognu % laquelle son mary fist mourir en l'empoisonnant par sa verge et nature dans la sienne et sa matrice; qui fust grand cas l'empoisonner ainsin sans s'empoisonner; dont il en fust en grand' peyne et procez par la poursuitte des parans et parantes de sa femme, et en garda prison à la conciergerie du palais; et en sortist aux troisiesmes troubles, le roy luy donnant grâce pour s'en servir aux guerres. Il fist cela pensant espouser une grand' dame bien riche, ce qu'il ne fist.
i. Cette anecdote est tirée textuellement de Collenuccio, f" 231 v°.
2 . Les mots que J'ay cognu ont été ajoutés entre les lignes par Brantôme.
Prez dudict sépulchre que je viens de dire, et ung peu plus avant, y a une chapelle ronde où y a aussi ung tumbeau de beau marbre blanc, de ce Caracciol, sénéchal, aveq ces motz :
Siriatuio Caracciolo ^ Ai'ellini comiti, Venusii duci^ ac regni magno senescallo et lywderatori , Trajaiius filins , Melfiœ dux^ parenti^ de se deque patria optime merito^ erigejidum curavit. 1433.
La traduction est telle :
Trajan filz, duc de Melfye, a esté curieux d'ériger ce tumbeau à son père, qui lui avoit faict beaucoup de biens, et à sa patrie, Carraciol, comte d'Avelin, duc de Venouse, et grand séneschal et gouverneur du royaume.
Dans la table du tumbeau sont gravez ces vers :
Nil mihi^ ni titulus summo de culmine^ deerat,
Regina morhis invalida et senio.
Fecunda populos proceresque in pace tuehar^
Pro dominse imperio nullius arma timens. Sed me idem, livor qui te, fortissime Csesar,
Sopitum extinxit, nocte juvante dolos.
Non me^ sed totum laceras, manus improba, regnum;
Parthenopeque suum perdidit aima decus ^.
La traduction est telle :
Rien ne me deffailloil que le tiltre de roy, estant monté
1 . Le texte de cette inscription a été donné par Misson dans son Nouveau voyage d'Italie (édit. de i702, tome II, p. 97), et par Lalande (tome VI), qui l'attribue à Laurent Valla. Je n'y ai relevé qu'une variante : au lieu de laceras, manus improba, il y a lacérât manus impia.
L'inscription précédente se trouve à la suite dans Misson.
en très-haut degré du temps de la reyne ma maistresse, maladive et jà sur Taage. J'ay entretenu son peuple et les grands en bonne paix, et où il alloit du service et du commandement de ma maistresse je n'ay rien craint, non pas les armes des plus mauvais. Mais la mesme envie qui mesme a persécuté Caesar m'a faict mourir de nuict , fort favorable à la trahison, Meschante main, tu ne m'as pas tué et perdu seullement, mais tout le royaume; et Naples a esté privée de son los et gloyre !
Ce seneschal estant en grand crédit, comme sont les favoris de roys, fut fort envié et conjuré contre luy ; par quoy les conjurateurs et grands barons du royaume allèrent une nuict fraper à la porte de sa chambre, luy faisant accroire que la reyne le demandoit estant en danger de mort par accident nouvellement survenu. Luy, se levant hastivement pour se vestir, commanda à son vallet de chambre ouvrir la porte ; laquelle ouverte, les meurtriers entrarent, qui le tuarent et le traisnarent sur ung aix hors du cliasteau à demy vestu. On dict que la reyne y avoit preste consentement : pour le moins n'en fut-il faict autre poursuitte de sa mort , et aussi que l'hystoire le dict^
De luy sont sortis et venus ces grands princes de Melfe, qui sont estez aprez luy très-grands personnages et vaillans cappitaynes.
Voylà ung grand exemple de fortune, et admonnestement à ung chacun, qui, se fiant au gouvernement et faveurs d'aucunes femmes, y repose en son
i . Voyez Collenuccio, f° 249 v°.
es|3érance, et * mal fondée pourtant, pour la variété * qui règne en ce sexe tant aymé.
Or je fais fin. C'est assez parlé de ce subject, dont je^crains en avoir esté trop prolixe et par ce importun , mais il falloit en parler, car elles ont estées braves revues, et pourtant hayes d'aucuns, comme j'ay dict, estant enfin le naturel de plusieurs hommes d'aborrer la domination des femmes.
1 . Cette fin de phrase a e'té rajoute'e en marge par Brantôme.