‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 12 sur 112 · Cet alinéa manque dans le ms · texte numérisé non relu

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3. Je n'ai rencontré dans les œuvres de Ronsard qu'un sonnet où se trouve la comparaison dont parle Brantôme ; c'esc le troisième du livre II des Sonnets pour Hélène (édition de 1623, t. 1, p. 260). On y lit en effet ces vers :

Amour qui as ton règne en ce monde si ample, Voy ta gloire et la mienne eirer en ce jardin :

Je vis aussi ceste nostre grande reyne aux premiers estais à Blois, le jour que le roy son frère fist son harangue, vestue d'une robe d'orangé et noir, mais le champ estoit noir avec forces clinquant, et son grand voyle de majesté, qu'estant assize en son rang elle se monstra si belle et si admirable, que j'ouys dire à plus de trois cens personnes de l'assemblée , qu'ils s'estoient plus advisez et ravis à la contemplation d'une si divine beauté qu'à l'ouye des beaux et graves propos du roy son frère , encor qu'il eut dict et harangué des mieux. Je l'ay veu aussi s'habiller quelques fois avec ses cheveux naturels, sans y adjouster aucun artifice de perruque ; et encore qu'ils fussent fort noirs, les aiant empruntez du roy Henry son père, elle les sçavoit si bien tortiller, frizonner et accommoder, en immitation de la reyne d'Espaigne sa sœur, qui ne s'accommodoit guières jamais que des siens, et noirs à l'espaignolle, que telle coiffure et parure luy siedsoit aussi bien ou mieux que tout autre que ce fust. Voylà qu'est d'un naturel beau, qui surpasse tout artifice tel soit-il ! Et pourtant elle ne s'i plaisoit guières, et peu souvent s'en accommodoit, si non de perruques bien gentiment façonnées.

Brief, je n'aurois jamais faict si je voulois descrire ses parures et ses formes de s'habiller ausquelles elle se monstroit plus belle; car elle en changeoit de si diverses, que toutes luy estoient bien séantes, belles

Voy comme son bel œîl, mon bel astre divin, Surmonte la clarté des lampes de ton temple. Voy son corps de beautez le pourtrait et l'exemple Qui resemble uue aurore au plus beau du matin.

36 DES DAiMES.

et propres, si que la nature et l'art faisoient à l'envy à qui la rendroit plus belle. Ce n'est pas tout, car ses beaux accoustremens et belles parures n'osarent jamais entreprendre de couvrir sa belle gorge ny son beau sein, craignant de faire tort à la veue du monde qui se paissoit sur un si bel object ; car jamais n'en fut veue une si belle ny si blanche, si pleine ny si charnue, qu'elle monstroit si à plain et si descouverte, que la pluspart des courtizans en mouroient, voire des dames, que j'ay veues, aucunes de ses plus privées, avec sa licence, la baiser par un grand ravissement.

Je me souviens qu'un honneste gentilhomme , nouveau venu à la court, qui ne l'avoit jamais veue, lorsqu'il l'apperceust me dict ces mots : « Je ne « m'estonne pas si vous autres, messieurs, a^ous vous « aymez tant à la court; car, quand vous n'y auriez « autre plaisir que de veoir tous les jours ceste belle « princesse, vous en avez autant que si vous estiez « en iing paradis terrestre. »

Les empereurs romains de jadis, pour plaire au peuple et luy donner plaisir, leur exiboient des jeux et des combats parmy leurs théâtres; mais, pour donner plaisir au peuple de France et gaigner son amitié, il ne faudroit que leur représenter et faire voir souvent ceste reyne Marguerite, pour se plaire et s'esjouir en la contemplation d'un si divin visage, qu'elle ne cachoit guières d'un masque, comme toutes les autres dames de nostre court; car, la pluspart du temps, elle alloit le visage descouvert * : et un

i. Le ms. 3271 (f" 22 v^) ajoutait ces mots qui ont été biffés :

jour de Pasques fleuries, à Blois, estant encor Madame et sœur du roy (mais lors se traictoit son maryage), je la vis parestre en la procession, si belle que rien au monde de plus beau n'eust seeu se faire voir; car, outre la beauté de son visage et de sa belle taille de corps, ell' estoit très-superbement et richement parée et vestue : son beau visage blanc, qui ressembloit un ciel en sa plus grande et blanche séreineté*, estoit orné par la teste de si grande quantité de grosses perles et riches pierreries, et surtout de diamans brillans mis en forme d'estoilles, qu'on eust dict que le naturel du visage et l'artifice des estoilles en pierreries contendoient avec le ciel, quand il est bien estoillé, pour en tirer la forme. Son beau corps, avec sa riche et haute taille, estoit vestu d'une robe de drap d'or frizé, le plus beau et le plus riche qui fust jamais veu en France ; et c'estoit un présent qu'avoit faict le Grand -Seigneur à M. de Grand- Champ ^ à son départ de Constantinople, vers lequel il estoit ambassadeur, (ainsy qu'est sa coustume envers ceux qui luy sont envoiez des plus grands) d'une pièce qui montoit à quinze aulnes : lequel Grand-Champ me dict qu'elle avoit cousté cent escus l'aune, car c'estoit un chef d'œuvre. Luy venu en France , ne sçachant à qui mieux emploier ny plus dignement

« Et la gorge de mesme dont aucuns en mouroyent et d'autres en vivoyent. » — Tout le reste de l'aline'a manque dans le manuscrit.

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