L'accord du mariage en
tée, estant la reyne mère le soir retirée à son coucher, elle s'enquist à de ses dames si elles avoient veu sa fille, et qu'elle joye elle monstroit de l'accord de ce mariage. Geste dame sotte, qui n'avoit encores guières veu de sa court, s'advança la première et dist : « Gommant, madame, ne seroit-elle joyeuse « d'un tel mariage, puisqu'elle en vient à la court ronne, et est en terme d'estre, possible, un jour a reyne de France, si elle * esclieoit au roy son mary « prétendu, comme il se peut faire ung jour? » La reyne, oyant ung si sot mot, luy dict : «Ma mie, « vous estes une grand' sotte. J'aymerois mieux que « vous fussiez crevée de cent mille morts que si « vostre sotte prophétie estoit jamais véritable et ac- « compile, pour la longue vie et bonne prospérité « que je porte au roy et à tout le reste de mes en- « fans. )> Siirquoy il y eut une grand' dame, assez sa « privée, qui luy répliqua : « Mais, madame, si ce « malheur arrivoit , que Dieu nous en garde ! ne « seriez-vous pas bien aise de veoir vostre fille reyne « de France, puisque la couronne luy esclierroit de « bon droict par celuy de son mary ? » La reyne fist « responce : « Encor que j'ayme bien ces te fille, je « pense que, lorsque cela arriveroit, nous verrions « la France fort troublée de maux et de malheurs. « Et aymerois cent fois mourir (comme elle a faict) « que de la veoir en cest estât; car je croy qu'on « ne voudroit pas obéyr absolument au roy de Na- « varre comme à mies enfans, pour beaucoup de (( raisons que je ne dis point. »