‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 16 sur 112 · Elle, la couronne · texte numérisé non relu

Elle, la couronne

Voylà deux prophéties accomplies , l'une d'une sotte dame, et l'autre d'une habille princesse^ et ^ ce pour quelques années. Mais la prophétie a failly aujourd'lîuy, par la grâce que Dieu luy a donné;, et par la force de sa bonne espée et valeur de son brave cœur, qui l'ont rendu si grand, si victorieux et si redoubté et si absolu roy comm' il est aujourd'huy, après tant de traverses et travaux. Dieu le maintienne par sa saincte grâce en ceste grande prospérité, ainsy qu'il nous est de besoing à tous nous autres ses pauvres subjects !

« Or, si par abolition de la loy salique » , dict encor la reyne, « le royaume venoit à ma fille par son juste « droict, comme aussi autres royaumes tumbent en « quenouilles, certes ma fdle est bien aussi capable « de régner, ou plus que beaucoup d'hommes et « roys que je sçay, et qui ont estez ; et crois-je que « son règne seroit beau ; et le rendroit pareil à celuy « du roy son grand père, et roy son père, car elle a « un grand esprit et de grandes vertus pour ce « faire. » Là dessus elle alla dire que c'estoit un grand abus que ceste loy salique, et qu'elle a voit ouy dire à M. le cardinal de Lorraine que lorsqu'il arresta , avec les autres députez à l'abbaye de Cercan, la paix entre les deux roys, venant à soudre quelque dispute sur quelque poinct de ceste loy salique, qui touchoit la succession des femmes au royaume de France, il y eut M. le cardinal de Grandvelle, autrement dict d'Arras, qui en rabroua fort mondict sieur le cardi-

i . Le reste de l'alinéa a été ajouté en marge par Brantôme (ms. 3271, f» 26 V).

nal de Lorraine, luy disant que c'estoient de vrays abus que vostre loy sallique, et qu'il luy en crevast l'œil, et que c'estoient de vieux rêveurs et croniqueurs qui l'avoient ainsy escrit, sans savoir pourquoy, et l'ont faict ainsy accroire, et qu'elle ne fust jamais faicte ny portée en France, mais que c'estoit une coustume que les François, de main en main, s'estoient entredonnez, et avoient introduite, qui n'est nullement juste, et par conséquent violable. Voylà ce qu'en dict la reyne mère. Et, quand tout est dict, ce fut Pharamont, comme la pluspart tiennent, qu'il * l'apporta de son pays , et l'introduisit : ce que nous ne debvrions observer puisque c'estoit ung payen ; et d'aller si estroittement garder, parmy nous autres chrestiens , les loix d'un payen , c'est ofïancer grandement Dieu. Il est vray que la pluspart de celles que nous avons, nous les tenons des empereurs payens, mais aussi celles qui sont sainctes, justes et aequitables, nous nous y réglons, comme de vray il y en a force, et la pluspart sont telles ; mais ceste-cy sallique de Pliaramond, elle est injuste et contre la loy de Dieu , car il est dict au Vieux Testament , et au XXV chapitre des Nombres : « Les enfans masles « succéderont premièrement, puis, en leur deffaut, « les filles. » Geste saincte loy donc veut les filles hériter après les masles. Encor, quand on prendroit bien au pied l'Escripture ceste loy salique, il n'y auroit pas si grand mal comme on le prend, ainsy que j'ay ouy discourir à de grands personnages; car elle parle ainsy : « Que tant qu'il y aura des masles,

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