‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 17 sur 112 · Qu'il, qui · texte numérisé non relu

Qu'il, qui

« les filles n'héritent ny ne régnent point, w Conséquemment^ en deffault des masles, les filles y viendront. Et puisqu'il est juste qu'en Espaigne, Navarre, Angleterre , Escosse , Hongrie , Naples et Sicille , les filles régnent, pourquoy ne l'est-il juste tout de mesmes en France? Car ce qui est juste, il est juste partout et en tous lieux, et le lieu ne faict point que la loy soit juste.

Tant de fiefs que nous avons en France, duchez, contez, baronnies et autres honnorables seigneuries, qui sont quasy, mais beaucoup , roy ailes en leur droicts et privilèges, viennent bien aux femmes et filles, comme nous avons Bourbon, Vandosme, Montpensier, Nevers, Retliel, d'Eu, Flandres, Bourgongne, Arthois, Zellande, Bretagne; et mesmes comme Matilde, qui fut duchesse de Normandie ; Eléonor, duchesse de Guyenne, qui enrichirent Henry IP, roy d'Angleterre ; Béatrix , contesse de Provence , qui l'apporta au roy Louys son mary; la fille unique de Raymond, contesse de Thoulouse, qui l'apporta à Alfonce, frère de sainct Louys; puis Anne, duchesse de Bretagne, de frais, et autres : pourquoy le royaume de France n'appelle à soy aussi bien les filles de France ?

La^ belle Galatée, lorsqu'Hercule l'espousa après sa conqueste d'Espagne, ne dominoit-elle pas en la Gaule? du mariage desquels deux sont yssus nos braves, vaillans et généreux Gauloys, qui d'autresfois se sont tant faicts vanter.

\. Cet alinéa a été ajouté en marge par Brantôme (ms. 3271, f" 28'>.

Et pourquoy sont les filles des dues en ce royaume plus capables de gouverner une duché et une comté, et y faire justice, qui approchent de l'authorité du roy, plustost que les filles des roys de gouverner le royaume de France ? et comme aussi si les filles de France ne fussent aussi capables et propres à commander et régner, comme aux autres royaumes et autres grandes seigneuries que j'ay nommées!

Pour plus grande preuve de l'abus de la loy salique, il n'en faut d'autre que celle de tant de chroniqueurs, escrivains et bavards, qui en ont escript, qui ne se peuvent accorder entre eux de son étimologie ny deffinition.

Les uns, comme Postel \ estiment qu'elle prist son ancien nom et origine des Gaules, et qu'elle fust appellée salique, au lieu de gallique, pour la proximité et voisinage que la lettre G en vieil mouUe avoit avec la lettre S; mais c'est un resveur en cela (comme je tiens d'un grand personnage), ainsy qu'en autres choses.

Jean Cenal ^, évesque d'Avi^anches , grand rechercheur des antiquitez de la Gaule et France, l'a voulu rapporter à ce mot sal/e, parce que ceste loy estoit seulement ordonnée pour salles et pallais royaux.

Claude Seissel ', assez mal à propos, a pensé qu'elle

1 . Voyez le chapitre vu de la Loy salique^ livret de la première humaine vérité, par Guillaume Postel, 1552, in-16, réimprimé à Paris, d786, in-t2.

2. Voyez Robert (et non Jean) Cénal, Gallica historia^ in-f", MDLVii, f" 65 b. Cénal est mort à Paris en 1560.

3. Voyez La loy salicque qui est la première loy des Françoys f aide par le roy Pharamon. Paris, Michel Lenoir, 1507, in-4'',

vint du mot sal en latin, comme une loy pleine de sel, c'est-à-dire de sapience, par une métaphore tirée du sel.

Un docteur ez droicts, nommé Ferranus Montanus', a voulu dire que Pharamond fut autrement appelle Salicq.

Les autres la tirent de Sallogast, l'un des principaux conseillers de Pharamond.

Les autres, pensant subtilizer davantage, disent que, par la fréquence des articles qui se treuvent dans icelle loy, commanceans par ces mots, sialiquis, et si aliqua, elle prist sa dérivaison; d'autres, qu'elle est venue des François Saliens, comme est faict mention dans Marcellin -.

Enfin voylà de grands rébus et resveries; et ne se faut esbayr si M. l'évesque d'Arras en faisoit la guerre à M. le cardinal de Lorrayne : ainsin que ceux de sa nation, en leurs farces et joingleries, croyans que ceste loy fût de nouvelle impression, appelloyent Philipes de Vallois le roy trouvé, comme si, par ung nouveau droict et non jamais recogneu par la France, il se fust laict roy. Sur quoy despuis se sont fondez en ce que la conté de Flandres estant tumbée en quenoille, le roy Charles le Quint ^ n'en préten-

f" 7. Ce petit traité n'est pas de Seyssel, mais il a été' réimprimé avec sa Grand' Monarchie de France, 1540, in-8°.

\. Voyez ses Collectanea in usus feudorum, dans le tome X, p. 93, du grand recueil que nous avons déjà cité : Tiactatus illustrium.... jurisconsultorum, Venise, 1584, in-f".

2. Ammien Marcellin. Brantôme a pris en partie tout cet étalage d'érudition dans l'Histoire de France de du Haillan, p. 14.

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