‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 22 sur 112 · Usson dans le Puv-de-Dôme, arrondissement d'issoire · texte numérisé non relu

Usson dans le Puv-de-Dôme, arrondissement d'issoire

et de son droict, et de celuy du roy son mary. Mais le malheur est tel, qu'on ne veut recepvoir ny l'un ny l'autre'. Que si tous deux estoyent bien unis ensemble, et de corps et d'ame et d'amityé, comme ils ont estez, possible que tout en yroit mieux pour tous, et se feroyent craindre, respecter et recongnistre pour tels qu'ils sont *.

J'ay ouy dire à M. de Pibrac ' une foys, que ceste alliance de Navarre a esté fatalle en cella, pour avoyr veu en discordance le mary et la femme, comme d'autrefois a esté de Louys Hutin, roy de France et de Navarre, aveq Marguerite de Bourgougne, fille du duc Robert troiziesme; plus, Philipes le Long, roy de France et de Navarre, aveq' Jehanne, fille du conte Otlielin de Bourgougne, laquelle, se trouvant innocente, se purgea fort bien*; puis, Charles le Bel,

1. Brantôme a ajouté en marge : Non pas (c'est-à-dire ils n'étaient pas reçus) de ce temps que cecy j'escrivoys, mays aujourduy,

2 . Il y a à la suite deux lignes biffées et à peu près illisibles ; et Brantôme a ajouté en marge : Dieu a voulu despuys qu'ils se sont bien réconciliez, qui est un très-grand heur.

3. Gui du Faur, seigneur de Pibrac, célèbre par ses quatrains, né en ISâO, mort en 1584. Voyez, dans l'édition des Mémoires de Marguerite, publiée par M. Guessard, plusieurs lettres de Marguerite à Pibrac avec les réponses. Cf. Dict. de Bayle, art. Navakre.

k. Louis X avait épousé en 430o Marguerite, fille de Robert II, duc de Bourgogne, qui, convaincue d'adultère avec Philippe d'Aunai, fut enfermée au Château-Gaillard en 1314. Son mari la fit étrangler au mois d'août de l'année suivante. Les frères de Louis, PhiHppe le Long et Charles IV, avaient épousé les deux sœurs Jeanne et Blanche, filles d'Othon IV, comte de Bourgogne, qui se livrèrent aux mêmes désordres que leur belle-sœur. La première, après avoir été reléguée pendant un an à Dourdan, fut

roy de France et de Navarre, aveq' Blanche, fiUe d'Othelin, encor' conte de Bourgougne, qui fut sa première femme; et, de fraiz, le roy Henry d'Albret aveq' Marguerite de Vallois \ comme je tiens de bon lieu, qui la traittoit très mal, et eut encor' faict pis sans le roy François son frère, qui parla ])ien à luy, le rudoia fort, et le menassa pour honnorer si peu sa femme et sa sœur^, veu le rang qu'elle tenoit.

Le roy Anthoyne dernier mourut aussi, estant en mauvais mesnage aveq' la reyne Jelianne sa femme.

Nostre reyne Marguerite est ainsin un peu en division et divorce aveq le roy son mary; mays' Dieu les metra un jour en bonne union, en despit du temps misérable.

J'ay ouy dyre à une princesse qu'elle luy sauva la vie au massacre de la Sainct-Barthélemy ; car indubitablement il estoit proscript et couché sur le papier rouge, comme on dit, parce qu'on disoit qu'il falloit oster les racines, comme le roy de Navsrre, le prince de Condé, et l'admirai et autres grands; mais ladicte reyne se jetta à genoux devant le roy Charles, pour luy demander la vie de son mary et

reprise par Philippe et vécut depuis en bonne intelligence avec lui. La seconde fut séparée de son mari par sentence du pape en 1322 et mourut religieuse à Maubuisson en 1326.

1. Marguerite d'Angoulême, sœur de François I". Voyez son article plus loin.

2. Sa femme et sa sœur, c'est-à-dire elle qui était femme de Henri d'Albret et sœur de François P^

3. Cette fin d'alinéa a été rajoutée en marge par Brantôme et a remplacé une ligne biffée.

MARGUERITE, REY>T. DE FRANCE ET DE NAVARRE, r.9

seigneur. Le roy Charles la luy accorda assez diffîcillement, encor' qu'elle fust sa bonne sœur. Je* m'en raporte à ce qui en est, car je n'en sçav que pour ouyr dire. Et si porta fort impatiemment ce massacre, et en sauva plusieurs, jusques à ung gentilhomme gascon (il me semble qu'il s'apelloyt Lerac)^ qui, tout blessé qu'il estoit, se vint jetter soubz son lict, elle estant couchée, et les meurtriers l'ayant poursuyvy jusques à la porte, dont elle les en chassa; car elle ne fust jamais cruelle, mais toute bonne, à la mode des filles de France '.

i . Brantôme a rajouté cette phrase en marge.

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