Trempe, disposition
M. de Sourdis ', qui n'estoit que maistre de la garderobbe du roy leur père, et le reehercher, afin que, par son moyen, elles se ressentissent de la grâce et faveur du roy leur père; et qu'à l'exemple de ses^ tantes elle en debvoit faire de mesmes à l'endroict de M. du Gua.
La reyne de Navarre, aprez avoir ouy fort attentivement madame de Dampierre, luy respondist assez froidement, aveq' ung visage ung peu riant pourtant, scellon sa mode; et luy dist : « Madame de « Dampierre, ce que me dictes seroit bon pour vous, « qui avez besoing de faveur, de plaisirs et bienfaitcz; « et si j'estois vous, ces parolles que me dittes me sert roient fort bien adressées et fort propres; et les re- « cepvrois vollontiers, et mettrois en usage; mais à « moy, qui suis fille de roy, et sœur de roys, et « femme de roy, elles ne peuvent servir; d'autant « qu'aveq' ces grandes et belles qualitez, je ne puis <i estre mandiante, pour mon honneur, des faveurs, « des grâces et bienfaicts du roy mon frère ; car je le « tiens pour de si bon naturel, et congnoissant si bien « son debvoir, qu'il ne me les desniera jamais sans la « faveur du Gua; autrement il se feroit ung grand tort, « à son honneur et à sa royauté : et, quand bien il « seroit si desnaturé de s'oublier tant que de me te- « nir autre qu'il doibt, j'ayme mieux pour mon hon- « neur, et ainsin mon courage me le dit, estre privée « de ses bonnes grâces par faute de n'avoir recherché « Le Gua et ses faveurs, que si l'on mereprochoit ou
i. François d'Escoubleau, seigneur de Sourdis. 2. Il y a par erreur leur dans le manuscrit.
« soubçonnoit les avoir par son moyen et interces- « sion, veu qu'il me semble assez les mériter * pour w estre ce que je luy suis; et s'il se sent digne d'estre « roy, et aymé de moy et de son peu])le, je me sens, « comme sa sœur, estre assez digne aussi d'estre reyne « et aymée, non seullement de luy, mais de tout le « monde. Et si mes tantes, que vous m'alléguez, se « sont si abaissées comme vous dittes, faire l'ont peu « si elles l'ont voulu, ou telle a esté leur humeur; « mais leur exemple ne me peut donner loy, ny au- « cune sorte d'imitation, ne me voulant nullement « former sur ce modelle, sinon sur le mien propre. » Par ainsin elle se taisa, et madame de Dampierre se retira, non pourtant que la reyne luy en voulut mal autrement, car elle l'aymoit fort.
Un' autre fois, lorsque M. d'Espernon alla en Gascongne aprez la mort de Monsieur (voyage fondé sur divers subjectz, à ce que l'on disoit) ^, allors il vist le roy de Navarre à Pamyés; et s'entrefirent de grandes chères et caresses. Je parle ainsin ; car lors M. d'Espernon estoit demy roy en France , pour la desbordée faveur qu'il avoit aveq' le roy son maistre. Aprez donq' s'estre bien caressez et faictz bonne chère ensemble, le roy de Navarre le pria de le venir veoir à Nérac, aprez qu'il auroit esté à Thoulouze, et s'en voudroyt retourner; ce qu'il luy promist : et s'estant acheminé devant pour faire ses préparatifz à
i. C'est-à-dire : qu'il me semble que je les mérite assez.
2. Ce voyage, qui eut lieu en mai 1585, avait pour but de décider Hem'i IV à se convertir au catholicisme. Voyez Girard, Hist. de la vie du duc d'£spernon, t. I, p. S 9 et suiv.; le Journal de l'Estoile, et les Mémoires de Villeroy.
le bien festiver \ la i eyne de Navarre qui estoit là, et qui vouloit mal mortel à M. d'Espernon pour beaucoup de grands subjectz, dit au roy son mary qu'elle se vouUoit oster de là pour ne perturber^ et empescher la feste, ne pouvant nullement suporter la veue de M. d'Espernon sans quelque escandalle et venin de coUère qu'elle pourroit vomir, qui pourroit donner fasclierie aucunement au roy son mary. Par quoy, estant sur son partement, le roy la pria, sur tous les plaisirs qu'elle luy sçauroit fayre, de ne bouger et luy ayder à recepvoir mondict sieur d'Espernon, et mettre toutte sa rancune qu'elle luy portoit soubz les piedz pour l'amour de luy, d'autant que cela leur importoit grandement à tous deux, et à leur grandeur.
a Et bien, monsieur, luy dist la reyne, puis qu'il « vous plaist me le commander, je demeureray et luy a feray bonne chère, pour vostre respect et l'obé- « dience que je vous doibs. » Et puis dit à aucunes de ses dames : « Mais je vous respons bien que, lors- « qu'il arrivera, et tant qu'il demeurera, ces jours là « je m'abilleray d'un habillement dont je ne m'a- « billay jamais, qu'est ^de dissimulation et hypo- « crisie; car je masqueray si bien mon visage de (( faintise, qu'il n'y verra que tout bon et honneste « recueil et toute douceur, et pareillement je poseray « à ma bouche toute discrétion : si bien que je me « rendray par l'extérieur telle que Ton pensera l'in- « térieur de mon cœur bon, duquel autrement je « n'en puis respondre; n'estant nullement à mon