Racontrer, rencontrer
Doncques faut-il là dessus que la fortune nous a esté à tous nous autres aussi bien ennemye qu'à elle, que nous ne voyons plus ce beau flambeau, voire ce beau souleil esclairer sur nous autres, et qu'il s'en soit allé cacher en ces sommetz et montaignes de l'Auvergne; et mordieu au moins s'il s'en fust allé poser sur quelque beau port ou havre de mer, au feu duquel les mariniers et passants se fussent guidez, sans danger et naufrage, pour leur servir de fanal, sa demeure en seroit plus belle, plus proffitable et plus honnorable pour elle et pour tous. Ah ! peuple de Provence, vous la debvriez supplier d'aller habiter dans voz beaux portz et belles costes de mer, qu'elle rendroit encores plus illustres qu'ilz ne sont, et plus habitables et plus riches; car de toutes partz aborderoient gens , gallères , navires et vaisseaux , pour veoir la merveille du monde, comme jadis celle de Rhodes par son beau far et reluysant fanal; au lieu que ressarrée dans les barrières et barricaves ^ de ses montaignes d'Auvergne, et ne se pouvants fausser aisément, elle nous est cachée et incongneue du tout à nos yeux, si non d'autant que nous en avons sa belle idée. Ah ! belle et antique ville de Marseille, que vous seriez heureuse si vostre port estoit honnoré du flambeau et fanal de ses beaux yeux ! Aussi bien la conté de Provance luy appartient, ainsin que plusieurs autres provinces, voyre la France. Que maudit soit la malheureuse obstination que l'on a en ce royaulme de ne la rechercher aveq le roy son mary ',