Rétribuer, rendre, donner en échange
aproché, tant pour estre à sa court et aux villes^ que pour aller aux champs et par peys^, fust en ses litières tant dorées, tant superbement couvertes et peintes de tant de belles devises, ses coches et carrosses de mesmes, et ses hacquenés si richement enarnachëes.
Ceux qui ont veu telz superbes apareilz comme moy sçavent qu'en dire. Et qu'il faille maintenant qu'elle soit frustrée de tout cela, que despuis sept ans elle n'a bougé recluse de ce chasteau austère et mal plaisant, ou pourtant elle prent sa patience, tant elle a de vertu de sçavoir se commander, qui est l'une des grandes, à ce qu'ont dict aucuns philosophes !
Pour parler encor de sa bonté, elle est telle, et si noble et si franche, que je croy qu'elle lui a fort nuist; car encor' qu'elle heust de grandz subjects et moyens pour se venger de ses ennemis et leur nuyre, elle s'est retenue bien souvant les mains, lesquelles, si elle heust vouleu emploier ou faire employer, et commender à d'autres qui estoient assez promptz, possible, par exemples d'aucuns chastiez bien à bon escient, les autres se fussent faictz sages et discretz ; miais elle remettoit les vengeances à Dieu.
Ce fut aussi ce que luy dist une fois M. du Gua, ainsin qu'elle le menassoit : « Madame, vous estes si « bonne et généreuse, que je n'ay point ouy dire que « vous ayez offancé jamais aucun. Je croy que vous « ne vouldriez commancer en moy, qui vous suis « très-humble serviteur, m Aussi combien qu'il luy eust beaucoup nuist, elle ne luy rendist la pareille ny
vengeance. Il est vray que^ lorsqu'on l'eust tué * et qu'on luv vint annoncer, elle estant mallade, elle dist seullement : « Je suis bien marrye que ne suis bien ff guérie pour de joye sollempniser sa mort. « Mais aussi elle avoil cella de bon, que, quand on se fust humilié à elle pour rechercher pardon et sa grâce, elle remettoit et pardonnoit tout, à la mode de la générosité du lion qui jamais ne faict mal à celluy qui s'humilie.
Je me souviens que, lorsque M. le mareschal de Biron fut lieutenant de roy en Guienne, la guerre s'estant esmue, son chemin s'adressa ung jour (ou qu'il le fist à escient) prez de Nérac, où estoit pour lors le roy et la reyne de Navarre^, il desbanda son harquebuserie pour y attaquer devant une escarmouche. Le roy de Navarre luy-mesme en personne sortist la sienne ; et, tout en pourpoint, comme ung simple capitayne adventurier, la soubstint, et si bien, qu'ayant de meilleurs harquebuziers, il n'y alla rien du sien. Et, pour plus de bravade, M. le mareschal fist lascher quelques voilées de canon contre la ville ; de sorte que la reyne, qu'y estoit accourue et mise sur les murailles pour en veoir le passe-temps, faillist à en avoir sa part; car une balle vint droit donner tout auprez d'elle : ce qui l'irrita beaucoup, tant pour le peu de respect que M. le mareschal luy avoit porté de la venir braver en sa place, que parce que il avoit heii du roy commandement de ne s'apro-
1. En 1S75. De Thou accuse formellement Marguerite d'avoir fait assassiner du Gua.