‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 32 sur 112 · En 1580. Voyez de Thou, liv. LXXII · texte numérisé non relu

En 1580. Voyez de Thou, liv. LXXII

cher quoyque fust, pour faire la guerre, de plus près de cinq lieues à la ronde du lieu oii seroit la reyne de Navarre; ce qu'il n'observa pour ce coup, dont elle en conceut une telle coUère contre le mareschal, qu'elle songea fort de s'en ressentir et s'en venger.

Au bout d'un an et demy après, elle s'en vint à la court, où estoit le maresclial, que le roy avoit appelle à soy de la Guienne, de peur de nouveau remuement; car le roy de Navarre menassoit de remuer s'il ne l'ostoit de là. La reyne de Navarre, se ressentant dudict mareschal, n'en fist cas en façon du monde, mais le desdaigna fort, parlant partout fort mal de luy, et de l'injure qu'il luy avoit faicte. Enfin M. le mareschal, redoubtanl la fureur et la hayne de la fille et sœur des roys ses maistres, et congnoissant le naturel de ceste' princesse, songea de la faire rechercher et sa grâce, et y faire ses excuses et s'i humillier; à quoy, comme généreuse, elle n'y contredist aucunement, et le prist en grâce et amityé, et oublia le passé. Sur quoy je sçay un gentilhomme de par le monde *, qui, venant [d'] arriver à la court, et voyant la chère que faisoit ladicte reyne à mondict sieur mareschal, en fut fort estonné; et, d'autant qu'il avoist cest honneur d'estre ouy quelques fois de la reyne en ses paroUes, il luy dist qu'il s'estonnoit fort de ce changement et de ceste bonne chère, et qu'il ne l'heust jà creu, veu l'offence et l'injure receue : mais elle fist responce que, d'autant qu'il avoit recogneu sa faute et faict ses excuses, et recherché sa grâce par humilité, qu'elle luy avoit octroyée

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