Probablement Brantôme
de ceste façon^ non pas s'il se fût mis et continué sur sa bravade de Nérac. Voylà comme ceste bonne princesse est peu vindicative, n'ayant pas en cella immité son aieulle la reyne Anne envers le marescbal de Gyé, comme j'ay dict cy-davant\
J'allèguerois forces autres pareilz exemples de sa bonté en ses réconciliations et pardonnances.
Rebours', une de ses fdles, qui mourut à Chenonceaux, luy avoit faict quelque grand desplaisir : elle ne luy en fîst plus cruel traittement; et, venant à estre fort mallade, la visita ; et ainsin qu'elle vouleust rendre l'âme, elle l'admonesta, et puis dist : « Ceste « pauvre fille endure beaucoup, mais aussi elle a bien « faict du mal. Dieu luy pardoint comme je luy parte donne ! )> Voylà la vengeance et le mal qu'elle luy fist ; voyllà aussi comme ceste grand' reyne a esté, par sa générosité, fort lente en ses vengeances, et ha estée toute bonne.
Aussi ce grand roy de Naples, Alfonse', qui estoyt subtil à aymer les beautés des dames, il disoyt que la beauté est la signifiance de la bonté et des douces et bonnes meurs, comme la belle fleur l'est d'un bon fruiet. Et, pour ce, ne faut douter que si nostre reyne ne fust estée composée de sa grand' beauté, ains de toute laydeur, qu'elle ne fust estée très-mauvayse, veu les grands subjets qu'on luy en ha donné *.