Alfonse V d'Aragon et Alfonse I" de Naples
4. J^es neuf lignes qui précèdent ont été rajoutées en marge par Brantôme.
MARGUERITE, REYNE DE FRANCE Eï DE NAVARRE. 81
Aussi, comme disoit la feue reyne Yzabel de Castille, sage, vertueuze, et très-catholique princesse : Que el fruto de la clemencia en una reyna de gran heldad , j de animo grande^ y codiciosa de verdadera honra , sin duda es mas dulce que qnalqmera vengança , aunque sea emprendida cou justo titido : « Le fruict de la clémence en une reyne de beauté, « de grand cœur, et convoileuse d'honneur, est « plus doux que quelque vengeance que ce soit, « encore qu'elle soit entreprise par juste raison et « tiltre. »
Geste reyne a bien observé sainctement ceste reigle, pour se vouloir conformer aux commandements de son Dieu, qu'elle a tousjours aymé, craint et servy dévottement. Ores que le monde l'a abandonnée et luyfaict la guerre, elle a pris son recours seul à Dieu, qu'elle sert ordinairement tous les jours, et fort dévottement, ainsin que j'ay ouy dire à ceux qui l'ont veue en son affliction ; car jamais elle ne pert ses messes, et fort souvant faict ses pasques, et list fort en l'Escriture saincte, y trouvant son repos et sa consollation.
Elle est fort curieuse de recouvrer tous les beaux livres nouveaux qui se composent, tant en lettres sainctes qu'humaynes; et, quand elle a entrepris à lire ung livre, tant grand et long soit-il, elle ne laisse ny s'arreste jamais, jusqu'à ce qu'elle en ayt veu la fin, et bien souvant en pert le manger et le dormir. EUe-mesme compose fort, tant en prose qu'en vers. Sur quoy ne faut penser autrement que ses compositions ne soyent très-belles, doctes et plaisantes, car elle en sçait bien l'art; et si on les
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pouvoit veoir en lumière, le monde en tireroit ung grand plaisir et proffict.
Elle fait souvant quelques vers et stances très-belles ', qu'elle faict chanter (et mesmes qu'elle chante, car elle a la voix belle et agréable, l'entremeslant aveq le luth qu'elle touche bien gentiment) à de petits enfans chantres qu'elle a; et par ainsin elle passe son temps et coule ses infortunées journées, sans offancer personne, vivant en la vie tranquille qu'elle a choisi pour la meilleure.
Elle m'a faict cest honneur de m'escripre en son adversité assez souvant, ayant esté si présumptueux d'avoir envoyé sçavoir de ses nouvelles. Mais quoy ! elle estoit fille et sœm^ de mes roys, et^ pour ce je vouloys sçavoyr de sa santé, dont j'en estoys bien ayse et heureux quand je la sçavoys bonne. En la première elle m'escript ainsin :
« Par la souvenance que vous avez de nioy, qui m'a este non moins nouvelle que agréable , je cognois que vous avez bien conservé l'affection qu'avez toujours heue à uostre maison, à si peu qui reste d'un si misérable naufrage, qui, en quelque estât qu'il puisse estre, sera tousjours disposé
1 . Le Divorce satyrique , ce violent pamphlet qui est moins loin de la vérité que le panégyrique enthousiaste de Brantôme, cite de Marguerite les quatre premiers vers d'une chanson composée à Usson, dit l'auteur (d'Aubigné), pour l'un de ses amants, Pommy, iils d'un chaudronnier d'Auvergne. Voici ces vers :
A ces bois, ces prez et ces antres Offrons les vœux, les pleurs, les sons, La plume, les yeux, les chansons D'un poëte, d'un amant, d'un chantre.
2. Les deux lignes qui suivent ont été ajoutées par Biantùme.
de vous servir, me sentant bien heureuse que lu fortune n'ayt peu effacer mon nom de la mémoyre de mes plus anciens amis, comme vous estes. J'ay sceu que, comme moy, vous avez choisi la vie tranquille, à laquelle j'estime heureux qui s'i peut maintenir; comme Dieu m'en a faict la grâce despuis cinq ans, m'ayant logée en ung arche de salut où les orages de ces troubles ne peuvent , Dieu mercy ! me nuyre ; à laquelle, s'il me reste quelque moyen de pouvoir servir à mes amys, et à vous particulièrement, vous m'y trouverez entièrement disposée et accompaignée d'une bonne voUonlé. »
Voylà de beaux motz, et voilà aussi Pestât et la belle résolution de ceste belle princesse. Que c'est que d'estre extraicte d'une si noble maison, et de la plus grande du monde, d'où elle a tiré ce grand courage par succession et héritage de tant de braves et vaillans roys ses père, grand-père, ayeulx et ancestres ! Et qu'il faille, comme elle dist, que d'un si grand naufrage elle soit seulle restée, et non pourtant recongneue et révérée comme elle debvroit de son peuple ! dont je crois que le peuple de France en pâtist beaucoup en ses misères pour ce seul subject, et en pâtira de ceste guerre de la Ligue. (Mays* cecy manque * aujourd'uy : car, par la valeur, et sagesse et beau règlement de nostre roy, jamays la France ne fust plus fleurissante, ny pacifique, ny mieux réglée ; qu'est le plus grand myracle qu'on vist jamays, estant sortye d'un si grand abisme de
1. Ce qui suit jusqu'à : O que les Romains, a été rajouté en marge par Brantôme.