‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 35 sur 112 · Manque j c'est-à-dire n'est plus vrai · texte numérisé non relu

Manque j c'est-à-dire n'est plus vrai

maux et corruptions ; en quoy paroist bien que Dieu ayme nostre roy : aussi est-il tout bon et miséricordieux. O! qu'il est mal conseillé, qui se fie en l'amour du peuple d'aujourd'huy!) O! que les Romains recongneurent bien autrement la postérité d'Auguste Caezar, de qui ilz avoyent receuz tant de biens et de grandeurs, et le peuple françois, qui en a tant receu de ses derniers roys despuis cent ans, et mesmes du roy François I" et roy Henry, que sans eux il y a long-temps que la France seroit bouleversée sans dessus dessoubz par ses ennemys qui la guettoient pour lors, et mesmes l'empereur Charles, cest affamé et ambitieux. Et qu'il faille qu'ilz en soient si ingratz, ces peuples, à l'endroict de leur fille Marguerite, seule et unique princesse de France ! Il est aisé d'en prévoir une ire de Dieu sur eux, puisque rien n'est tant à luy odieux' que l'ingratitude, et mesmes à l'endroit des roys et reynes, qui tiennent icy bas la place et représentation de Dieu. Et toy, desloyalle fortune, que tu monstres bien qu'il n'y a personne tant aymée du ciel, et favorisée de nature, qui se puisse promettre asseurance de toy et de ton estât pour ung seul jour ! Si n'as-tu pas grand honneur d'ofFancer ainsin cruellement celle qui est en tout parfaicte de beauté, douceur, vertu, magnanimité et de bonté en ce monde ^?

Pour fayre fin, si je n'avois à parler de ceste nostre grande reyne ailleurs, et en autres discours, j'allon-

1. Le ms. portait d'abord : Il est aisé d'en prévoir la ruyne totalle, puisqu'à Dieu rien n'est tant odieux...,

2. Brantôme a rajouté en marge : Tout cecy j'escrivois aux plus fortes guerres des nostres qu'avons heu despuis dix ans.

gerois cettuy-cy le plus que je pourrois, car d'ung si excellent subject les longues parolles ne sont jamais ennuieuses; mais je les remettray pour ce coup en ung autre part.

Cependant vivez, princesse, vivez en despit de la fortune. Vous ne serez jamais autre qu'immortelle, et en la terre et au ciel, où voz belles vertuz vous porteront sur leur testes. Si la voix ou renommée publique n'eust faict ung bandon général de voz louanges et grands mérites, ou que je fusse de ces bien disans, je me mettrois à en dire davantage; car, si jamais fut veue du monde personne en figure céleste, certes vous Testes.

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