‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 37 sur 112 · MESDAMES, FILLES DE LA NOBLE MAISON DE FRANCE · texte numérisé non relu

MESDAMES, FILLES DE LA NOBLE MAISON DE FRANCE

Madame

Yolant de

France -.

C'est une chose que j'ay veu noter à de grandes personnes, tant hommes que dames de la court, que coustumièrement les filles de la maison de France sont estées et sont fort bonnes ou spirituelles, ou gracieuses, ou généreuses, et du tout bien accomplies; et, pour confirmer leur dire, ne allèguoyent celles qui avoient estées du vieux temps ny les antiques, mais seullement celles dont elles avoient heu cognoissance, et qu'elles en avoyent ouy parler à leurs pères et ayeulz qui avoient estez à la court.

Or entre autres, et pour la première, elles alléguoient madame Yolant de France, femme au duc de Savoy e et prince de Piedmont.

Elle fust une très-habille et bien sœur de frère, le roy Louys XT. Elle pencha ung peu du party du duc Charles de Bourgongne, qui estoit son beau-frère pour avoir espousé sa sœur aisnée Catherine ^, qui ne

1. Nous donnons le texte de ce Discours, d'après le ms. 3270 du fonds français (plim Béthune 8773) qui contient des corrections autographes de Brantôme.

2. Yolande, fille de Charles VII et de Marie d'Anjou, mariée en 1452 à Améde'e IX, duc de Savoie, morte le 29 août 1478.

3. Catherine, première femme de Charles le Téméraire, qui n'était que comte de Charolais quand il l'épousa.

vesqiiit guières aprez avoyr espousé son mary, et pour ce ne pust longtemps ses vertus fayre valoyr ny parestre. Voyant donq', Yoland, tant prospérer et tant estre redoutté ce duc Charles, et qu'il estoit son voisin, elle fist ce qu'elle peut pour l'entretenir en son amitié, qui luy servoit beaucoup aux affaires de son estât. Puis, luy venant à mourir, le roy Louys Xr s'en vint ruer sur sa grandeur, sur ses despens* et sur ceux de Savoye; mais madame la duchesse, habille dame, trouva moyen de gaigner le roy son frère et le venir trouver au Plaissis-les-Tours ^, pour establir ses affaires; où estant arrivée, le roy alla au devant d'elle jusques à la basse court pour la recueillir; et, en lasalluant, la baisant et l'accolant, moittié en riant , moittié en la piccottant , il luy dist : « Madame la Bourguignonne, vous soyez la très-bien « venue. » Elle, en luy faisant une grande révérance, luy dist : m Monsieur, je ne suis point Bour- (( guignonne; vous me pardonnerez, s'il vous plaist. « Te suis fort bonne françoise et vostre très-humble « servante. » Le roy la prist soubz le bras et la mena en sa chambre aveq' ung fort bon recueil; mais elle qui estoit fine, et qui congnoissoit bien l'humeur du roy son frère, songea à ne demeurer guières aveques luy, ains seullement à faire ses affaires le plus tost qu'elle pomToit, et s'en 'aller.

Le roy, de l'austre costé, qui cognoissoit la dame,

i . Despens, dépendances, possessions.

2. En 1476. Marguerite était tombée au pouvoir de Charles le Téméraire, qui lui rendit la liberté sur les réclamations de son frère Louis XI, avec lequel elle vint passer quelques jours au Plessis-le/-Tours.

ne la pressoit point autrement de long séjour; et si l'un se faschoit de l'une, l'autre se faschoit de l'autre : parquoy, sans n'y avoir demeuré que huiet jours, elle s'en retorna en sa duché, ung peu assez contante du roy son frère.

Philippes de Commines en faict ce discours plus au long * ; mais les anciens d'aliors disoient qu'ilz trouvoient ceste princesse une fort habille femelle, et qui ne debvoit rien au roy son frère, et qui * la brocardoit souvant de ce party bourguignon; mais elle se reviroit pourtant le plus doucement et modestement qu'elle pouvoit, de peur de l'offencer, et qui sçavoit aussi bien ou mieux dissimuler que le roy son frère, et qu'elle estoit cent fois plus fine que luy, tant à sa mine qu'à ses parolles et façons, mais pourtant très-bonne et très-saige.

Madame Jehanne de France, fille dudict roy Louis XI*, fut Jehanne de bien spirituelle , mais si bonne, qu'après sa mort on

irance . j^^ tenoit comme saine te, et quasi faisant miracles, à cause de la saincteté de vie qu'elle mena, après que le roy son mary, Louis XIP, l'eust répudiée, et qu'elle se fut retirée à Bourges, qui luy avoit esté donné pour son douayre et pour sa vie durant, où tout son exercice fut de vacquer aux prières et oraisons, ser-

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