Qui se rapporte à Louis XI
3. Jeanne, fille de Louis XI et de Charlotte de Savoie, épousa (1476) Louis, duc d'Orle'ans, qui, monté sur le trône (d498), fit déclarer nul son mariage par Alexandre VI. Jeanne, créée duchesse de Berry, se retira à Bourges, où elle fonda l'ordre des Annonciades , et mourut le 5 février 1505. Elle fut béatifiée en J743.
vir Dieu et ses pauvres, sans bailler aucun signe autrement du tort qu'on luy avoit faict de ceste répudiation. Mais le roy protesta de l'avoir espousée par force, craignant l'indignation du roy Louis XP son père, qui estoit ung maistre homme, et qu'il ne l'avoit jamais cogneue ny touchée, encor' qu'ilz eussent assez longtemps estez mariez et couchez ensemble. Mais pourtant cella passa ainsin : en quoy ceste princesse se monstra très-sage; et n'en fist la responce de Richarde, fille d'Escosse, femme du roy de France Charles le Gros', lorsque son mary la répudia, affermant par serments et juremens ne l'avoir congneue ny touchée. « Or cella va bien, dist-elle, puisque par « le sermaait de mon mary je suis demeurée encores « vierge et pucelle. » Par ces parolles, ceste reyne se mocquoit bien du serment de son mary et de son pucellage. C'est ' à douter aussy si ledit roy Louys, ayant couché tant de foys aveq sa famé, durant le roy Louys son père et le roy Charles son frère, s'il ne la toucha pas, et s'il eust osé dyre autrement à son père et frère : encor bien heureux estoyt-il de s'en vanter, et de l'avoyr très-bien despucelée, autrement il luy en fust mal allé. May s, aprez la mort
i. En 887, Charles le Gros, à la diète de Kirkheim, accusa publiquement son archichancelier Luitward d'adultère avec Richarde, et protesta en même temps n'avoir jamais connu charnellement sa femme, bien que marié depuis dix ans. « Elle, de son côté, disent les Jnnales de Metz, se de'clara impollue de toute approche charnelle, non-seulement avec lui, mais avec un autre homme, et se glorifia d'une virginité sans atteinte, »
2. Ce qui suit jusqu'à la On de l'alinéa a été rajouté en marge par Brantôme.
du père et frère, il nya tout, et prist sur ce le subjet pour n'y avoyr touché, affin d'espouser ceste belle reyne veufve. Ainsin que rien n'est impossible à un grand roy^ Possible aussi, que sçayt-on? que sa famé s'en fust plainte au roy son père ou au roy son frère, ou bien à d'autres tant hommes que famés, ou bien elle estoyt en cela par trop sage et continante ; ce qui est incroyable.
Nous avons bien Jehanne d'Albret, reyne de Navarre, qui, en premières nopces, espousa le duc de Clèves à Chastelleraut ^ ; mais elle estoit petite, n'a vaut que douze ou treize ans; et le mariage s'en rompist, d'autant qu'encor' qu'il ne fust consummé, et encor' eust couché aveq' elle, il ne la toucha ny congneust jamais pour la tendresse de son aage; encor que le roy de Navarre', avant l'espouser, en fust en quelque sobçon ou doubte, et en pria madame la senéchalle de Poictou, ma grand'mère, de ne luy en celler la vérité, d'autant qu'elle le sçavoit, très-bien; car elle estoit pour lors dame d'honneur de la reyne de Navarre*, mère de la fille. Mais madicte grand'mère luy jm*a et asseura qu'elle estoit infante et vierge pucelle, aussi bien qu'alors qu'elle nasquit ; à quoy adjousta foy M. de Vandosme, et l'en espousa de meilleur cœur : dont il ne debvoit faire difficulté sans s'enquérir autrement; car la fille estoit si tendre, qu'il luy estoit impossible d'en suporter le faix.
i. Brantôme avait d'abord mis : Ainsin rien n'est impossible à un roy, et fait tout ce qu'il veut, et tout luy est permis,